go to content

«Allez-vous en!»: rassemblement anti-voiles place de la République

Une manifestation contre le voile islamique a été organisée vendredi soir à Paris. Pour ses organisatrices, il s’agissait aussi de dénoncer «ces médias qui donnent tous les jours la parole aux islamistes».

posté le

Ce vendredi soir à Paris, la statue de la place, allégorie de la République qui est aussi le mémorial des 17 victimes des attentats de janvier, affiche un nouveau combat. Les condoléances et les dessins de cet autel sont cachés par les pancartes de «la journée mondiale sans voile».

Une centaine de sympathisants ont répondu présent à l'invitation lancée par Nadia Ould-Kaci, Nadia Benmissi et Josiane Doan, qui ont repris ce mouvement des « Femmes sans voile» né au Canada pour le lancer en France en 2013.

Sous un soleil de plomb, les trois femmes remercient les quelques manifestants «qui ont eu le courage de venir pour dénoncer l'obscurantisme». Devant elles, des personnes brandissent des pancartes pour dénoncer le voile, ou la burqa qui «nient le droit des femmes» et qui selon eux se «propageraient» en France.

Dans cette petite foule, les journalistes Mohamed Sifaoui et Zineb el Rhazoui entourés de nombreux gardes du corps sont immédiatement salués pour leur combat contre «l'islam politique».

Manif anti-voile : Mohamed Sifaoui et Zineb El Rhazoui présents et entourés de gardes du corps #manifsansvoile

Sur une scène improvisée, Nadia Benmissi tente de percer le bruit de la place pour livrer son message:

«Nous sommes françaises de culture musulmane et nous refusons de porter le voile car il symbolise le patriarcat, mais aussi et surtout le drapeau de l'islamisme radical. Les femmes sont porteuses d'archaïsme et elles le perpétuent.»

A plusieurs reprises, les piliers de ce collectif interrogent:

«A qui profite le voile?»

Le discours des organisatrices se veut d'abord mesuré, différents intervenants se montrent soucieux «de ne pas faire d'amalgame» et de ne pas mener un combat «contre l'islam», mais «pour le droit des femmes».

Les messages deviennent ensuite plus offensifs contre «ces politiques qui abandonnent ce combat», et contre «ces médias qui donnent régulièrement la parole aux femmes voilées ou aux islamistes».

Au-delà du message prônant plus d'égalité entre hommes et femmes, ce collectif lutte principalement pour interdire le voile aux enfants. Selon les trois organisatrices, c'est un phénomène «très répandu dans certains quartiers». La loi de 2004 interdisant le port du voile à l'école et celle de 2010, le port du voile intégral dans la rue ont beau avoir été adoptées, elles exigent de nouvelles mesures contre les «petites filles de sept ans contraintes de porter ce tissu».

Et pour illustrer sa lutte, ce collectif anti-voiles pour qui «le danger de l'islam radical est imminent en France», n'hésite pas à reprendre une photo (prise en 2007 en Egypte) publiée sur le site islamophobe Riposte Laïque.

Le collectif a d'ailleurs donné la parole à la militante Michèle Vianès, également collaboratrice de Riposte Laïque et participante des «Assises contre l'islamisation en Europe».

Muriel, 59 ans, explique les raisons de son soutien à ce rassemblement:

«Je milite depuis toujours pour le droit des femmes et nos acquis sont plutôt récents. Il est donc normal que je continue à lutter pour l'égalité homme-femme. Après, je fais une disctionction très claire entre l'islamisme et l'islam et c'est très important. Si certains ne la font pas, c'est vraiment regrettable.»

A-t-elle déjà vu des petites filles voilées dans la rue?

«Je travaille à Trappes (Yvelines) et j'habite dans le 19e arrondissement de Paris et je peux dire que je vois de plus en plus de femmes voilées. Après, c'est vrai que je n'ai encore jamais vu de gamines en burqa ou avec le voile.»

A l'instar des paraboles bibliques, la particularité de ce collectif est d'user d'exemples de la vie quotidienne pour alerter sur l'importance de leur combat. Si ces histoires sont abstraites et non sourcées, le collectif jure qu'elles sont véridiques.

Ainsi, Nadia Benmissi lance devant plusieurs journalistes:

«L'an dernier une femme installée dans un bus a frôlé un homme. Celui-ci a exigé qu'elle descende et tous les hommes du bus ont hurlé Allahu akbar («Dieu est grand» en arabe). Le conducteur a fini par demander à cette femme de descendre».

A Slate, le collectif livre d'autres exemples:

«Une amie qui portait un débardeur dans la rue s'est fait traiter de "pourriture" qui fait "honte à Dieu"» , explique Nadia Ould-Kaci. Une autre personne qui mangeait dans la rue en plein ramadan s'est fait remonter les bretelles, simplement parce qu'elle était noire, ajoute-t-elle. Josiane Doan affirme, pour sa part, avoir vu une fille se faire tabasser dans la rue par son frère parce qu'elle était «dehors». Et Nadia Benmissi a raconté à Slate ainsi qu'à d'autres médias cette anecdote, selon laquelle une élève aurait menacé de la tuer le jour où elle lui a dit que le voile était anté-islamique, antérieur de plus d'un millénaire au prophète Mohammed.»

A la fin de la manifestation, le ton monte entre quelques manifestantes. Certaines persistent à dire qu'il ne s'agit pas «d'imposer une vision», mais de libérer la femme en l'avertissant sur «les dangers du voile», quand d'autres exigent par exemple «que l'on supprime les allocations familiales à toutes les femmes voilées».

Interrogée par BuzzFeed France pour savoir quels médias «donnent tous les jours la parole à des islamistes», Nadia Benmissi s'agace:

«Si vous me posez cette question, c'est que vous aussi vous êtes complice. Il n'y a qu'à lire Libération, Mediapart ou L'Humanité pour constater qu'ils interrogent tout le temps des islamistes.»

Après avoir exigé que nous lui prouvions «notre ligne éditoriale», Nadia Bensimi refusera de répondre à nos questions.

Les pancartes de la Manif sans voile.

David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

Got a confidential tip? Submit it here.