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Oubliez le FN, Ménard a quand même su rapprocher droite et extrême droite

De Valeurs actuelles à Renaud Camus, les «rendez-vous de Béziers» ont été l'occasion de voir apparaître des passerelles inédites entre droite et extrême droite.

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À Béziers ce week-end, l'ambiance était encore plus à droite que d'habitude. Des pancartes faisant la promo du journal Valeurs actuelles ou du média d'extrême droite TV Libertés ornaient les murs de la ville. Et des centaines de personnes fières de porter un badge «Oz ta droite», du nom du tout nouveau mouvement politique lancé par Robert Ménard, se baladaient dans les rues. Au menu de ce petit séjour: identité, économie, école, médias et surtout, «grand remplacement».

De «ces rendez-vous de Béziers», c'est surtout le divorce entre l'édile de la ville et le Front national —Marion Maréchal-Le Pen ayant claqué la porte après s'être sentie trahie— que l'on a retenu. Et les divisions persistantes entre les différentes droites du pays avec l'absence de tête d'affiche comme Éric Zemmour ou Philippe de Villiers.

Le gratin de l'extrême droite aux côtés de la droite

Pourtant, ce week-end a été l'occasion de constater des passerelles inédites entre une droite jugée modérée il y a encore quelques années et une extrême droite à la pensée pour le moins radicale –n'en déplaise à Robert Ménard.

En plus de quelques dirigeants frontistes, Jacques Bompard, patron de la très radicale Ligue du Sud, Béatrice Bourges, fondatrice du conservateur Printemps français, Karim Ouchikh, patron du parti d’extrême droite le Siel ou encore Bruno Mégret, ancien bras droit de Jean-Marie Le Pen, étaient en effet présents ce week-end. Et pour la première fois, des personnalités politiques ou intellectuelles de droite habituellement bien plus modérée ont osé s'afficher à leurs côtés.

Des cadres LR soutiendraient discrètement Ménard

Au sein du parti de Nicolas Sarkozy, on a beau être passé du «front républicain» au «ni-ni» en l'espace de quelques années, aucun cadre LR n'a osé passer la frontière de Béziers. Pas même Nadine Morano qui a dit ne pas vouloir venir à cause de la proximité de Ménard avec le Front national... sur les sujets économiques.

En revanche, le maire Les Républicains de Montfermeil et vice-président du parti démocrate chrétien (PCD), Xavier Lemoine, et le candidat à la primaire de droite et président du PCD Jean-Frédéric Poisson, s'y sont rendus. Sans pour l'instant susciter la moindre réaction au sein du premier parti d'opposition. D'après Robert Ménard interrogé par Atlantico, ce silence n'aurait d'ailleurs rien d'étonnant:

«Certains candidats à la primaire n'ont pas osé venir à Béziers mais m'ont dit toute leur sympathie pour notre démarche.»

L'écrivain chiraquien Denis Tillinac pour parrain

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Le journaliste et écrivain Denis Tillinac, ami historique de Chirac et qui redoutait en 1997 «une montée du Front national» (après avoir finalement changé d'avis sur la question), était également parrain de ces rendez-vous.

Il a ainsi pu discourir devant 800 personnes, dont les idées étaient même bien plus radicales que celles prônées par le Front national. Comme d'autres intervenants classés à droite, il n'était pas non plus gêné de participer à un rendez-vous dont la personne la plus acclamée n'était autre que Renaud Camus.

L'écrivain (qui vient de se déclarer candidat pour 2017) accusé d'avoir écrit des propos antisémites dans un de ses ouvrages et inventeur de la théorie complotiste du «grand remplacement», était en effet, avec Robert Ménard, la star incontestable de cet officieux meeting politique.

Valeurs actuelles de droite, relais de l'extrême droite

Comme l'a souligné Robert Ménard dimanche, ce rassemblement a notamment été rendu possible grâce à «la confiance» deValeurs actuelles, partenaire de l'événement et qui a été l'élément incontournable pour opérer ces rapprochements inédits.

Si l'hebdomadaire est connu pour ses unes de plus en plus réactionnaires, il était moins facile il y a encore quelques temps d'imaginer ses journalistes et son patron, Yves de Kerdrel, débattre aux côtés de figures extrémistes. Et d'assumer ce positionnement comme le fait le directeur de publication interrogé par Le Monde:

«Nous sommes conscients que la droite “hors les murs” représente l’essentiel de notre lectorat. Elle est de plus en plus importante et fait le dynamisme de nos ventes.»

Malgré ce flirt affiché avec l'extrême droite tout le week-end, le journal se veut être un acteur incontournable pour les candidats à la primaire des Républicains. Les différents ténors de la droite, à commencer par François Fillon qui discutera avec l'hebdo autour d'un dîner-débat mercredi, devraient tous en effet accorder un entretien à Valeurs actuelles d'ici la primaire.

Bravo et Merci à @Marion_M_Le_Pen d'être venue à Béziers malgré les pressions qu'elle a subies. La Droite hors les murs a besoin d'elle.

«Nous voulons flirter partout où il y a du débat à droite, explique d'ailleurs au Monde Geoffroy Lejeune, chef du service politique. À Béziers, c’est la partie plus punk de la droite, moins officielle. Mais nous voulons être aussi le journal de la primaire des Républicains.»

Alors qu'Arnaud Floch de Valeurs actuelles était chargé de distrubuer la parole, l'ex-cadre frontiste Jean-Yves Le Gallou, instigateur du concept de la «préférence nationale», a pu avec Renaud Camus demander la «remigration» des étrangers ou taper férocement sur l'islam et les musulmans devant Ivan Roufiol, éditorialiste au Figaro. Si ce dernier a parfois été hué pour ces idées trop modérées (il était l'un des seuls à accepter la présence des musulmans en France), l'auditoire l'a quand même régulièrement applaudi.

Ivan Rioufol dénonce un double "totalitarisme", islamique et communisme, et juge que la société multiculturelle prépare la "guerre civile".

Une journaliste du Figaro devait débattre à Béziers

Parfois très conservateur, Le Figaro semblait jusqu'à présent éloigné des thèses d'extrême droite. Pourtant, en plus d'Ivan Roufiol dont on connaissait les opinions très radicales, une journaliste web du quotidien, Eugénie Bastié (de plus en plus exposée médiatiquement), devait également figurer parmi les intervenants.

Même si l'intéressée a démenti publiquement sa présence (en parlant de diffamation), la mairie de Béziers maintient qu'elle avait accepté de participer à une table ronde avant de finalement devoir annuler «pour couvrir l'événement».

Si le soutien du Figaro pour des candidats aussi radicaux ne semble pas d'actualité, la possibilité pour les membres de cette rédaction de participer à ce genre de réunion politique semble inédite.

«Je ne doute pas que Le Figaro, comme Valeurs actuelles d'ailleurs, soutiendra le candidat issu de la primaire à droite», relativise le politologue Jean-Yves Camus interrogé par BuzzFeed News. «Mais c'est vrai que la présence de personnes qui soutenaient la droite dite de gouvernement, c'est assez nouveau. Il faut toutefois noter qu'il manquait encore des têtes d'affiche». Et d'ajouter:

«S'agissant du Figaro, le journal s'expliquera peut-être sur sa politique interne et dira s'il autorise que ses chroniqueurs ou ses journalistes puissent participer à ce genre de rassemblement.»

Si le mariage entre la droite et l'extrême droite reste encore très hypothétique, certaines digues sont tombées lors de ce week-end biterrois.



David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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