Manif de mardi: des journalistes à nouveau violentés par la police et une photo troublante

De nouvelles violences policières contre des journalistes ou le Periscopeur Remy Buisine ont eu lieu pendant la manif de mardi à Paris. Un photographe a également pris un cliché troublant d'un manifestant en sang.

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De nombreux incidents ont émaillé la manifestation contre la loi Travail qui s’est tenue à Paris mardi 14 juin. Des violences ont été commises par certains manifestants tout au long du défilé. Des policiers ont été pris pour cibles, de nombreux commerces ont été saccagés et plusieurs vitres de l'hôpital Necker ont été cassées.

Comme cela est arrivé à plusieurs reprises depuis le début du mouvement social contre la loi Travail, des journalistes et des photographes ont également été violentés par des policiers.

«Tu arrêtes de filmer tout de suite», lance le policier

Remy Buisine par exemple, devenu célèbre après avoir été l'un des premiers à diffuser «Nuit Debout» sur Periscope, a été «molesté par un policier» lors du défilé.

Joint par BuzzFeed News, il revient sur les faits qui se sont produits entre la station Duroc et la station Saint-François Xavier: «Je filmais la manifestation en direct sur Periscope comme d'habitude. Il n'y avait pas vraiment de tension. C'était bien après les incidents à Necker et les affrontements avaient lieu vers les Invalides.»

«J'ai vu un policier en civil molester un photographe devant moi, j'ai alors filmé la scène. Ce même policier est venu vers moi et m'a dit: "Tu me saoules toi." Il m'a attrapé par le col et m'a repoussé vers des camions de police.

Un autre policier est arrivé et m'a visé avec une bombe lacrymogène, mais j'ai réussi à l'éviter. Enfin, un troisième policier a attrapé mon téléphone en le serrant très fort et en criant: "Tu arrêtes de filmer tout de suite." Il a fini par le lâcher, et j'ai réussi à repartir.»

Remy Buisine n'a pas réussi à retrouver les images. «J'avais quatre heures de film sur Periscope, mais certaines parties sautent lors des replays. Heureusement, un photographe m'a envoyé une photo où l'on voit le policier m'attraper au début.»

Yohann Deleu, ancien journaliste pour le journal local L'Aisne Nouvelle, désormais journaliste à son compte toujours détenteur d'une carte de presse, couvrait aussi la manifestation de mardi et portait un brassard «presse».

«Un confrère a crié: "Attention, grenade"»

Il raconte à BuzzFeed News avoir été «chargé par des policiers» sur la place des Invalides alors qu'il prenait en photo l'interpellation musclée d'un manifestant. «J'étais loin des casseurs, la situation était plutôt calme et j'ai été surpris lorsque trois CRS ont couru pour attraper un manifestant. J'ai pris des photos du jeune en train d'être menotté», témoigne-t-il.

«Avec d'autres journalistes présents, on a fait le tour pour prendre des photos de l'interpellation. Lorsque les policiers ont vu que nous prenions des photos, ils ont voulu charger», explique le journaliste.

«Un confrère a crié: "Attention, grenade de désencerclement". Ça a explosé, puis j'ai vu les CRS nous tomber dessus, j'ai donc couru et je suis tombé à terre. Un photographe à côté de moi avait reçu des éclats de grenade au pied.»

Un manifestant en sang après son interpellation

Blessé après être tombé, Yohann Deleu a donc décidé de quitter la place des Invalides en empruntant une sortie filtrée par des CRS. C'est à ce moment-là qu'il prend en photo un manifestant blessé escorté par des policiers. Mais c'est seulement le lendemain qu'il s'aperçoit que le manifestant blessé correspond au jeune interpellé par les policiers juste avant.

À gauche, le jeune interpellé à 17h36 par les policiers. À droite, le même jeune (avec les lunettes sur la tête, la même veste...) escorté par la police à 18h11 selon Yohan Deleu. Le journaliste se demande s'il a pu être frappé par les policiers durant son interpellation.

«Quand j'ai vu passer ce jeune en sang, je ne savais pas que c'était celui que j'avais pris en photo avant l'explosion de la grenade. C'est lorsque j'ai recoupé toutes mes photos que j'ai vu ça. Au début, je me suis demandé si le jeune avait pu être blessé lors de son arrestation, mais je n'ai vu aucune blessure à cet instant ni trace de sang. Il avait l'air bien, en plus, il faisait le V de la victoire, il était un peu provocateur», dit Yohan Deleu qui précise «ne pas vouloir tirer de conclusions hâtives ni créer de polémiques». «Mais vu la tension qu'il y avait, l'attitude des policiers, je me pose des questions.»

Le même jeune homme a égaleent été pris en photo par une autre journaliste. Cerise Sudry-Le Dû raconte à BuzzFeed News ne pas avoir vu l'interpellation de ce jeune et de son ami «qui ne parlaient pas français», mais la scène suivante lorsqu'ils étaient menottés: «Les CRS les ont soignés et entourés pendant 15 bonnes minutes tout en empêchant mollement les photographes de prendre des photos».

Sur ses clichés, «un policier est d'abord assis sur les deux manifestants», puis il se sont fait soigner.

Deux mecs en sang devant les invalides. "I need to go to the hospital" crie l'un d'eux aux CRS #LoiTravail

«Le jeune en sang était vraiment bien amoché, c'était assez impressionnant», ajoute Cerise Sudry-Le Dû.

Une autre photo, (dont on ne connaît pas l'heure à laquelle elle a été prise) montre sa blessure avant les bandages. A-t-il été blessé en tombant lors de son arrestation, ou après pendant son interpellation?

Un photographe blessé par un tir de Flash-Ball

Le journaliste NnoMan du collectif OEIL (qui avait été interdit de manifester avant que la préfecture ne reconnaisse une erreur) a aussi dénoncé l'attitude de certains policiers. «J'ai pris cette photo au niveau des Invalides. Nous étions un petit groupe de journalistes, on voit d'ailleurs à l'image un appareil photo et une caméra. Les CRS ont chargé, j'ai réussi à esquiver les coups de matraque», raconte NnoMan.

Enfin, le photographe pour l'agence CIRIC, Michael Bunel, a lui eu moins de chance. Il a été visé par un tir de Flash-Ball et a été touché à la dent ce même mardi. Joint par BuzzFeed News, il dénonce «un tir en plein visage», pourtant interdit par le règlement.

«J'ai reçu un tir de Flash-Ball place des Invalides alors que j'étais en train de prendre des photos. Le projectile a tapé sur mon appareil photo (cassé) qui a rebondi sur ma dent. J'ai une plaie à un doigt, une fracture à un autre et une dent cassée», dit-il. Michael Bunel précise qu'il était lui aussi parfaitement identifiable «avec un énorme autocollant presse» en plus du matériel. Il ajoute:

«Ce n'est pas la première fois que je suis visé par les policiers. Mardi, je peux comprendre que la situation était tendue, mais ils ont tiré au niveau du visage. Si je n'étais pas en train de prendre une photo, je perdais mon œil.»

D'après nos informations, plusieurs journalistes indépendants réfléchissent à entamer une action collective. Contactée, la préfecture n'a pas donné suite.

Mise à jour le 19 juin: Ajout d'un lien avec une nouvelle photo

David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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