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Voiture de police incendiée: le faux policier qui avait trompé Fogiel interpellé

Celui qui a usurpé l’identité de Kevin Philippy, le policier «Kung Fu», revient sur sa tromperie auprès de BuzzFeed News. Il dit avoir aussi pris l’identité d’un élu de Montpellier.

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Mise à jour: L'usurpateur du policier a été interpellé le 26 juillet, à Paris. L’homme âgé de 35 ans a été déféré devant le parquet de Paris, visé par deux enquêtes pour usurpation d’identité, révèle metronews.


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Comment Marc-Olivier Fogiel a été trompé

Le 23 mai dernier sur les ondes de RTL, bande-annonce d'un joli scoop. L'émission de Marc-Olivier Fogiel doit diffuser l'interview exclusive de Kevin Philippy, l'un des deux agents présents dans la voiture incendiée quai de Valmy en marge de la manifestation «anti-haine des flics».

Le matin, la radio diffuse des extraits de l'audio qui sera immédiatement repris par d'autres médias. Celui que l'on surnomme déjà le policier «Kung fu», après avoir réussi à se défendre face à un casseur sans utiliser son arme, est censé témoigner pour la première fois.

Il confie n’avoir «aucune haine» contre ses agresseurs. «Si j’avais sorti mon arme ou donné des coups, je serais passé du statut de héros à celui de zéro. Je ne serais peut-être pas là pour vous parler, ma carrière aurait pu se terminer», ajoute-t-il.

Sauf que Kevin Philippy ne s'est jamais entretenu avec Marc-Olivier Fogiel. Juste après avoir entendu les extraits de cette fausse interview (que nous avons pu nous procurer), le vrai policier, tout juste décoré par le ministre de l'Intérieur, a contacté le syndicat de police Alliance pour dénoncer une usurpation d'identité. Le 25 mai précisait Le Monde, il a déposé plainte contre X.

«À aucun moment Fogiel n'a vérifié mon identité»

L'auteur de cette supercherie —que nous appellerons Christophe— revient auprès de BuzzFeed News sur les motivations de cette usurpation. Au chômage, cet habitant du Sud de la France dit «s'ennuyer» et «passer beaucoup de temps sur internet». Dans un discours un peu confus, il explique avoir voulu «faire le buzz», en même temps que dénoncer «le travail de certains journalistes».

«J'ai vu les images choquantes de cette voiture incendiée, ça m'a fait mal au cœur. Puis j'ai créé un compte twitter et une adresse mail avec son nom et le numéro 972 car j'avais lu qu'il était originaire de Martinique», dit Christophe, qui ajoute «être plutôt pour la police que pour les casseurs».

«Assez rapidement, le compte Twitter de Marc-Olivier Fogiel m'a contacté le dimanche 22 mai pour réaliser une interview exclusive qui devait passer le lundi soir. Il m'a proposé de m'envoyer un taxi, mais j'ai dit que j'étais en famille à Chartres. Il voulait m'envoyer une équipe mais j'ai dit que c'était mieux au téléphone», poursuit l'usurpateur. Contacté, l'animateur de RTL confirme: «Oui, il m'a dit qu'il était à Chartres, après m'avoir laissé penser qu'il viendrait enregistrer à RTL».


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«J'aime bien Marc-Olivier Fogiel, mais à aucun moment on n'a demandé à vérifier mon identité, à savoir si j'étais vraiment le policier en question. Je n'ai pas d'accent martiniquais, cela aurait pu quand même le faire douter», dénonce Christophe.

Sollicité par Le Petit Journal et C à Vous

D'après la boîte mail créée de toute pièce pour tromper les journalistes et que nous avons pu consulter, Christophe a également été contacté par un journaliste de France Info et un autre de C à Vous sur France 5. Le Petit journal de Canal Plus a également voulu l'inviter, «mais j'ai refusé car je ne pouvais évidemment pas me montrer à la télé», précise Christophe.

Après avoir diffusé des extraits le lundi 23 mai, la radio rétropédale en publiant un communiqué pour annoncer l'annulation de la diffusion. «Nous devions diffuser ce lundi 23 mai au soir le témoignage du policier victime d’agression la semaine dernière en plein Paris. Au cours de la journée, des doutes sur l’authenticité de ce témoignage sont apparus.»

L'alerte est donnée lorsque le vrai policier, Kevin Philippy, entend les extraits de sa supposée interview. Il alerte immédiatement son syndicat Alliance pour leur expliquer cette usurpation, lui qui a refusé toutes les sollicitations des journalistes. Le syndicat prévient ensuite Marc-Olivier Fogiel qui reprend contact avec Christophe.


Mail envoyé par Marc-Olivier Fogiel à Christophe le 23 mai à 16h58

Démasqué, Christophe continue tout de même «à jouer»:

«Fogiel m'a rappelé vers 17h pour me poser des questions sur moi et le syndicat Alliance. J'ai continué à dire que je ne mentais pas et que le syndicat racontait n'importe quoi, puis j'ai raccroché car je me suis dit "ils m'ont grillé". Il m'a ensuite envoyé un mail pour me dire "bien joué".»

Au Monde, Marc-Olivier Fogiel a expliqué que l'usurpateur «était extrêmement précis sur les événements, connaissait bien les grades policiers…». Christophe explique quant à lui:

«J'ai tenu un bon discours dans mon interview, mais si j'ai été précis c'est seulement parce que j'ai lu les articles qui parlaient du policier sur internet.»

La société des journalistes de RTL n’a pas été saisie, même si certains reprochent à l’animateur son manque de prudence selon le quotidien.

Il piège aussi le maire de Montpellier

Mais ce n'est pas la seule manipulation dont serait coupable Christophe. Quelques jours plus tôt, le 17 mai, une autre actualité agite le Sud de la France. L'élu ex-FN Djamel Boumaaz a suscité une vive polémique à Montpellier après avoir voulu «alerter l'opinion publique sur le lobby gay et lesbien (LGBT) qui envahit nos institutions». Il a en effet décroché le drapeau arc-en-ciel hissé devant la façade de l'hôtel de ville à l'occasion de la journée contre l'homophobie.

Le même jour, Christophe raconte avoir décidé de créer un compte Twitter pour usurper l'identité de l'élu et lancer une polémique en publiant, au nom de Djamel Boumaaz, des messages antisémites.

«J'ai trouvé que l'action de cet élu avait été un peu passée sous silence et qu'il était allé trop loin. J'ai créé le compte et publié des messages antisémites. Je ne suis pas antisémite, c'était pour faire le buzz et voir les gens qui tombaient dans le panneau», affirme encore Christophe.

«Vous vous rendez compte que personne n'a vérifié?»

Là aussi, l'usurpateur est contacté par des médias comme La Nouvelle édition de Canal Plus d'après un message vocal que nous avons pu écouter. De nombreux sites ou associations comme SOS Racisme s'indignent en accusant l'élu et le maire de Montpellier, Philippe Saurel, saisit même la justice le 23 mai. «Djamel Boumaaz a franchi la ligne rouge de l'inacceptable. J'en saisis aujourd'hui le procureur de la République au nom des droits qui me sont conférés en ma qualité de premier magistrat de la ville de Montpellier», annonce l'édile.

Joint par BuzzFeed News, Djamel Boumaaz, qui revendique par ailleurs son affinité pour Dieudonné, se dit menacé depuis et précise avoir porté plainte pour usurpation d'identité le 21 mai.

«Vous vous rendez compte que personne n'a rien vérifié alors que le faux compte Twitter avait été créé le jour où Boumaaz a décroché le drapeau. Même le maire a saisi la justice sans vérifier si c'était un vrai compte», interroge Christophe, satisfait d'avoir trompé une fois de plus médias et autorités.

«Je vais recommencer»

En plus de la publication de messages antisémites sur internet, Christophe risque gros. Avec les plaintes déposées pour usurpation d'identité numérique, il encourt un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende.

Alors qui est ce serial-usurpateur dont les motivations et le discours semblent confus? Le fait-il pour des motivations politiques, pour dénoncer le travail de certains journalistes ou simplement pour «faire le buzz»?

Contacté par BuzzFeed News, le parquet de Paris précise «que l'enquête est toujours en cours». Même s'il se sait recherché, Christophe dit ne pas être plus inquiet que cela:

«On verra bien ce qui va m'arriver, mais je fais très attention à ne pas laisser de traces en me connectant. D'ailleurs, dès qu'il y aura une grosse actu, je vais recommencer. Certains journalistes ne vérifient rien. Si RTL a pu diffuser mon interview, combien de reportages bidons ont déjà été diffusés?»

David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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