Voici à quoi ressemble le sexe après avoir vécu une agression sexuelle

«Il ne m'a pas pris mon corps ni mon consentement. Ils m'appartiennent encore. Je suis encore en vie.»

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Nous avons récemment demandé à des membres de la Communauté BuzzFeed de nous confier dans quelle mesure une agression sexuelle qu'ils ont subie a eu un impact sur leur vie sexuelle, et quels conseils ils pourraient donner aux personnes qui sont aussi dans cette situation.

Remarque: certains des témoignages suivants contiennent des descriptions très explicites de leur agression, et font mention d'automutilation et de suicide. D'autres se sentent coupables, si c'est votre cas, sachez que ce n'était pas de votre faute.

Les conseils dispensés ici n'ont pas vocation à se substituer à l'aide de professionnels. Vous pouvez vous adresser à quelqu'un en appelant gratuitement
le 0 800 05 95 95, SOS Viols Femmes Informations –qui est également à l'écoute des hommes victimes de violences sexuelles–, ou le 39 19, la Fédération nationale solidarité femmes. Vous pouvez également trouver d'autre ressources ici.

Et, surtout, nous vous croyons.

1. «Votre corps est à vous et il est beau, et vous pouvez le sentir vôtre à nouveau. Vous n'avez rien fait de mal.»

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«J'ai survécu à une agression sexuelle. Cela fera bientôt 10 ans que j'ai été violée par mon ancien petit ami et son meilleur ami alors que j'avais 17 ans. Vous écrire ceci est pour moi une forme de guérison parce que même si j'aimerais pouvoir vous écrire comment j'ai suivi tel traitement qui m'a permis de me sentir mieux, ou comment j'ai eu une révélation, ce n'est pas le cas.

Écrire ces mots fait partie de la guérison, et c'est un long processus. Je ne suis toujours pas guérie et il se peut que je ne le sois jamais. J'ai recherché d'innombrables conseils auprès de thérapeutes, d'experts en méditation, de médecins, de blogs et de conseillers spécialisés dans le viol. Malheureusement, ce qui a fonctionné pour moi, c'est le temps qui s'est écoulé. Je n'oublierai jamais ce qui m'est arrivé, mais cela fait partie de ma vie et j'apprends à entretenir un lien positif avec cet événement. Si je devais donner un conseil à quelqu'un, ce serait qu'il n'y a aucune façon normale de guérir, donc ne vous mettez pas la pression. Votre corps est à vous et il est beau, et vous pouvez le sentir vôtre à nouveau. Vous n'avez rien fait de mal.»

—Lizzie, 27 ans

2. «Je n'aime même pas les câlins de ma famille ni de mes amis.»

«J'ai été agressée sexuellement à l'âge de 13 ans par l'un de mes camarades de classe qui était aussi un bon ami à moi. Depuis, j'ai toujours été mal à l'aise lors de conversations sur le sexe ou tout ce qui s'y rapporte. J'ai réussi à repousser tout le monde et il m'est devenu très inconfortable de parler de moi, parce que cette personne a suscité un si profond dégoût de moi-même.

Ça fait six ans mais cela continue de m'affecter chaque jour de ma vie. C'est pratiquement impossible pour moi d'avoir un contact avec qui que ce soit. Je n'apprécie même pas les câlins de ma famille ni de mes amis. J'en garde des séquelles, mais depuis peu j'apprends à dépasser ça et à faire en sorte que ça ne me déchire plus autant que par le passé.»

—Cameron

3. «Je ressens le besoin de m'éloigner des trucs typiquement romantiques (se tenir la main, s'embrasser, se toucher) quand mon trouble de stress post-traumatique devient particulièrement aigu.»

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«Je suis un homme trans et queer. J'ai subi des sévices et agressions sexuels à de multiples reprises pendant environ trois ans. Par conséquent, je suis aujourd'hui atteint de trouble de stress post-traumatique (TSPT). Je fais des cauchemars, j'ai des terreurs nocturnes et des insomnies, et il m'est difficile de nouer une relation amoureuse. Cela étant dit, ça fait presque un an que je suis avec ma petite amie. Nous étions meilleurs amis avant de commencer à sortir ensemble. C'est la première personne à qui je me suis confié sur ces sévices que j'ai subis. Par son soutien, elle a largement contribué à ma guérison.

Quant à mes relations amoureuses et sexuelles, je préfère être franc avec mes partenaires potentiels au sujet de mon passé. Je leur dis exactement ce que j'ai besoin qu'ils sachent. J'ai besoin qu'on se focalise davantage sur le consentement. J'ai besoin d'aller plus lentement que ce à quoi mon partenaire est peut-être habitué. Je ressens le besoin de m'éloigner des trucs typiquement romantiques (se tenir la main, s'embrasser, se toucher) quand mon TSPT devient particulièrement aigu. Il m'arrive même de devoir demander à ma petite amie de ne pas dire "Je t'aime" à cause des souvenirs que ça entraîne parfois. Il m'arrive de devoir m'éloigner un moment pour avoir l'espace nécessaire pour exprimer ma colère et la contrôler.»

—Anonyme

4. «Je n'arrive toujours pas à être pénétré à cause de cette expérience.»

«J'ai été agressé sexuellement en 2013 par un type que j'avais rencontré par hasard chez [le fast food NDLR] Wendy's. J'y étais en tant que client et lui en tant qu'employé. Je venais d'emménager dans mon propre appartement et j'étais excitée à l'idée de pouvoir y inviter des gens. Je lui ai donné mon numéro et quelques jours plus tard il m'a contactée en me demandant si on pouvait se faire un plan "Netflix and chill" pour mieux se connaître. Je lui ai naïvement répondu oui.

Il m'a obligée à être passif, ce qui m'a mis mal à l'aise. Je lui ai demandé de se retirer et d'arrêter, mais il est allé jusqu'au bout. Puis il m'a dit qu'il fallait qu'il aille quelque part. Il m'a pris mon téléphone, aussi. J'ai fini par aller jusque chez mon ex et puis à l'hôpital cette nuit-là. J'ai été examiné quand j'ai pris conscience de ce qui m'était arrivé. J'avais peur et j'étais en colère pendant les mois qui ont suivi. Par chance, je lui ai fait utiliser un préservatif et je n'ai pas de MST. Mais je ne peux toujours pas être passif à cause de cette expérience.»

—S.C.

5. «À chaque fois je reste allongée après coup à me demander si c'était la bonne chose à faire et à cogiter sur mes motivations, si c'est ce que je voulais vraiment ou si je l'ai juste fait pour faire plaisir à l'autre.»

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«Quand j'avais 15 ans, j'ai été violée dans mon sommeil (alors que j'avais pris un anti-psychotique au fort pouvoir sédatif) par mon petit ami de l'époque. C'était extrêmement traumatisant d'être réveillée par les gifles de policiers et de me rendre compte que j'avais mes sous-vêtements du vendredi (on était mardi) au niveau de mes chevilles et de ne rien ressentir d'autre qu'une douleur cuisante dans mon vagin et mon anus. J'ai dû faire face aux reproches (de mes parents qui n'ont pas compris) pendant des années.

À ce jour, il m'est toujours très difficile de dormir près de quelqu'un. J'ai perdu la capacité de considérer que mon corps a de la valeur et j'ai tendance à laisser les autres faire ce qu'ils veulent. La chose qui me fait peur et me dégoûte, c'est que mon corps réagit et que du coup l'autre personne pense que je suis consentante parce que je suis physiquement excitée. Mais émotionnellement et mentalement, c'est une toute autre histoire.

À chaque fois, je reste allongée après coup à me demander si c'était la bonne chose à faire et à cogiter sur mes motivations, si c'est ce que je voulais vraiment ou si je l'ai juste fait pour faire plaisir à l'autre. La plupart du temps, je me rends compte que je voulais juste lui faire plaisir. Je ne ressens pas de passion pendant une relation sexuelle avec un homme. C'est pourquoi je préfère la compagnie d'une femme, je me sens plus à l'aise et en sécurité. J'aimerais avoir des enfants à moi un jour, mais je crains que mon incapacité à avoir une relation m'en empêche.»

—Anonyme

6. «Refusez de vous excuser à propos de votre sexualité, et reconquérez-la peu à peu.»

«J'ai subi des abus sexuels à l'âge de sept ans et cela m'a forcée à découvrir ma libido des années avant que ce soit normalement le cas. Je me masturbais et avais des orgasmes sans savoir de quoi il s'agissait et j'ai toujours pensé que j'avais une maladie physique. Le collège est passé par là et j'ai fini par découvrir ce que ces deux choses étaient, mais à ce moment-là j'avais déjà développé un sentiment de culpabilité intense par rapport à ma sexualité.

J'ai fait une première tentative de suicide, et ma seconde avait déjà eu lieu depuis un bout de temps quand ma mère a vu les entailles. On m'a envoyée suivre une thérapie et j'ai le souvenir net d'avoir dit aux psys que je ne leur dirais rien de force. Et c'est ce qui m'a permis de retrouver le contrôle. C'était pas grand chose, mais j'ai commencé à apprendre à dire non à ce que je ne voulais pas ou à ce avec quoi je n'étais pas d'accord.

L'autre moyen que j'ai employé pour me sentir mieux a été la masturbation. Ce qui avait jadis été une pulsion instinctive qui me donnait le sentiment d'être répugnante est devenu quelque chose qui me donnait un sentiment de puissance. Je pouvais me procurer ce bien-être sans personne ne puisse m'ôter le contrôle de moi-même. C'était mon corps à moi, je pouvais le toucher, et personne d'autre n'avait ce privilège à moins que je ne l'y autorise. J'ai lu des fan fictions qui déclenchaient mes peurs jusqu'à ce qu'elle décline peu à peu. Je me suis imposée une sorte de thérapie par exposition, si vous voulez.

Mon conseil aux survivant-e-s est de faire tout ce qui peut vous redonner un sentiment de puissance. Faites les choses que vous aimez, qu'importe qu'elles soient idiotes ou triviales, simplement parce qu'elles vous font du bien. Refusez de vous excuser à propos de votre sexualité, et reconquérez-la peu à peu. Regardez votre corps et pensez aux choses incroyables qu'il fait pour vous. Autorisez-vous à ressentir la honte et la solitude et l'isolement. Et puis construisez doucement votre échelle pour sortir hors de ce trou. Vous pouvez parfois y retomber, et ce n'est pas grave. Mais vous rappeler sans arrêt que vous vous aimez est la chose la plus importante. Parce que personne ne peut vous enlever ça.»

—Anonyme

7. «Vous vous inquiétez constamment de savoir si votre partenaire va respecter votre décision si vous décidez d'arrêter en plein milieu, ou si vous risquez de fondre en larme en cours de route.»

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«La vie sexuelle après une agression devient étrange. D'un côté, cela peut donner un sentiment de puissance de consentir avec enthousiasme à avoir une relation avec quelqu'un et de reprendre votre propre sexualité et votre liberté en main, mais en même temps vous vous inquiétez constamment de savoir si votre partenaire va respecter votre décision si vous décidez d'arrêter en plein milieu, ou si vous risquez de fondre en larme en cours de route.

Les relations sont plus difficiles. Il est bien plus difficile de faire confiance à quelqu'un du point de vue émotionnel quand quelqu'un a détruit cette confiance que vous pouviez avoir envers les autres. Je ne veux pas qu'une autre personne soit une victime collatérale de l'état de détraquement de mon cerveau et des troubles consécutifs à mon agression.»

—Katie

8. «Je ne suis une thérapie que depuis cinq mois, mais cela a changé ma vie.»

«J'ai été agressée par celui qui a été mon beau-père pendant cinq ans —un homme qui m'a élevée à l'adolescence et que je considérais vraiment comme une figure paternelle. L'impact qu'a eu cet événement sur ma vie a été énorme. Je me sentais répugnante. J'ai fait une dépression et j'avais des angoisses. Pour surmonter ma situation, je me suis mise à boire et me suis exposée à des "conduites à risque". En recherchant l'attention de n'importe qui, j'essayais simplement de reprendre le contrôle de ma sexualité et de ce qu'il m'avait retiré. Cela a mis fin à la relation que j'entretenais depuis quatre ans.

Il a fallu que je vive deux ans en me comportant de cette façon avant de finalement me rendre compte que j'avais un problème. Je me suis dit que ça allait, que j'étais solide et que c'était pire pour les autres victimes de viol et d'agressions sexuelles. Je ne m'étais jamais considérée comme une rescapée ou une victime avant de commencer une thérapie après trois semaines de fête et de beuverie.

Je ne suis une thérapie que depuis cinq mois, mais cela a changé ma vie. Je souris maintenant. Je me dis que lorsque des hommes veulent discuter ou être gentils avec moi, peut-être qu'ils ne cherchent pas à me faire du mal. Il se peut qu'ils soient réellement gentils. Je suis amoureuse pour la première fois depuis deux ans. J'ai permis à quelqu'un d'entrer dans ma vie sans le rejeter. Je travaille encore à trouver le courage de l'annoncer à ma mère et à ma famille, mais je sais maintenant qu'il s'agit de mon histoire et que je peux la dire selon mes conditions, au moment où je le déciderai et comme il me plaira. Le processus de guérison n'est pas terminé, mais, pour la première fois, je vois la lumière au bout du tunnel et je sais qu'à un moment ou à un autre, cet événement ne déterminera plus mon existence. Ce ne sera guère qu'un point sur une carte.»

—Anonyme

9. «Le simple fait de raconter cette histoire m'aide à reprendre possession de moi-même en tant qu'homme et à aller vers l'homme que je veux être un jour.»

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«Un cousin plus âgé que moi m'a agressé sexuellement quand je devais avoir huit ans. Je n'en ai jamais rien dit à ma famille; seuls deux ou trois amis sont au courant. Nous étions tous deux des garçons et ça m'a terrorisé. J'ai récemment accepté l'idée que j'étais homosexuel, mais du fait de ce que j'avais vécu suite à cette agression, j'ai nié et combattu cette réalité pendant très longtemps —24 ans exactement— parce que je l'avais associée à ce qu'il m'avait fait et au sentiment que j'éprouvais vis-à-vis de mon orientation sexuelle.

Toute ma vie, j'ai lutté contre l'angoisse, la dépression, le sentiment de honte, la torpeur et l'isolement qui sont nés de ces agressions. J'ai décidé de reprendre ma vie en main en faisant mon coming out à la plupart de mes amis, mais je n'ai pas trouvé le courage de l'annoncer à mes parents. J'écris beaucoup dans mon journal afin d'organiser et de clarifier mes pensées. Le fait de m'entourer d'amis qui me comprennent et me soutiennent m'aide à dépasser mon agression. Le simple fait de raconter cette histoire m'aide à reprendre possession de moi-même en tant qu'homme et à aller vers l'homme que je veux être un jour.»

—Anonyme

10. «Mon agression sexuelle a affecté ma vie sexuelle telle un feu qui se consume tout doucement.»

«Mon agression sexuelle a affecté ma vie sexuelle telle un feu qui se consume tout doucement. Immédiatement après que ce se soit produit, je me sentais OK. À l'âge de 19 ans, j'ai commencé à sortir avec le garçon qui a été mon petit ami pendant longtemps et on faisait constamment l'amour. J'étais très à l'aise avec ma sexualité. Mais à peu près un an après, je me suis mise à être bloquée en plein milieu des relations sexuelles que nous avions. C'était comme si mon vagin s'asséchait tout d'un coup. Je me suis mise à avoir le sentiment qu'il n'y avait plus de donnant-donnant quand nous faisions l'amour, c'était à sens unique, tout était centré sur ses besoins. J'avais l'impression d'être utilisée quand on faisait l'amour; j'avais l'impression de céder à une réalité que je ne voulais absolument pas. Je me suis mise à m'éloigner de lui et, pire encore, je continuais à accepter de faire l'amour avec lui même si j'avais une impression de viol répété, tout ça parce que j'avais le sentiment de lui faire une faveur.

Il m'a toujours dit qu'il ne voudrait faire l'amour avec moi que si j'en avait aussi envie. C'était et c'est toujours un homme extraordinaire, mais je ne pouvais plus accepter cette intimité forcée. J'ai récemment rompu avec lui après deux ans et demi, et la culpabilité qui me consume est parfois trop difficile à supporter. Je ne sais pas si je parviendrai à nouveau un jour à avoir des relations sexuelles consensuelles.

Enfin, je pense que tout témoignage sur une agression sexuelle est légitime, quel que soit le degré de violence ou le traumatisme qui en découle. Le témoignage de chaque femme est important.»

—Amber

11. «Je me suis retrouvée en état de dysfonction sexuelle suite à mon agression, mais j'ai rencontré quelqu'un de patient et d'attentionné qui m'a toujours demandé ma permission et a respecté mes limites.»

Teraphim / Getty Images

«Quand j'étais en quatrième, je suis sortie avec quelqu'un de plus âgé que moi que j'ai connu par un ami commun. On a plus ou moins continué à sortir ensemble jusqu'à mon année de première. Il a fini par me maltraiter émotionnellement et mentalement, mais il m'a aussi agressée physiquement et sexuellement (et m'a menacée de pire encore) tout au long de notre relation. Après cela, je n'avais plus aucun amour-propre ou estime de moi.

J'ai fait beaucoup d'efforts pour prendre un nouveau départ dans ma vie, mais je continue à faire des cauchemars et des crises d'angoisse depuis des années. Quand j'ai appris que mon agresseur était revenu dans notre ville natale, je ne voulais même plus rendre visite à mes parents parce que je n'avais aucune envie de le revoir. Le seul fait de savoir qu'il vit dans le même État que moi me met mal à l'aise.

Je conseille à ceux qui, comme moi, ont été agressés sexuellement d'en parler à quelqu'un. Si vous êtes encore en danger, il faut absolument en parler MAINTENANT. Ne vous inquiétez pas de ce que les autres pourraient dire ou des problèmes que vous pourriez avoir.

Je me suis retrouvée en état de dysfonction sexuelle suite à mon agression, mais j'ai rencontré quelqu'un de patient et d'attentionné qui m'a toujours demandé ma permission et a respecté mes limites. Le fait de pouvoir me sentir en sécurité avec mon conjoint était capital. Au bout de quelques temps, je me suis mise à aimer à nouveau faire l'amour. J'admets qu'il m'arrive parfois de ne pas être bien, mais il est important de d'accepter que ça puisse se produire. Ça ne veut pas dire que l'avenir ne sera pas radieux.»

—Anonyme

12. «Je n'ai jamais été vraiment capable de détendre mon corps pendant une relation sexuelle.»

«Pendant ma première année à l'université, j'étais dans une relation stable. Elle avait bien commencé, comme c'est généralement le cas, mais elle a peu à peu évolué, puis s'est rapidement dégradée en une relation basée sur la maltraitance. C'était essentiellement des violences d'ordre émotionnel, mais des éléments de violence sexuelle et physique ont commencé à surgir. Il a cessé de m'écouter quand je lui disais que je ne voulais pas, ou se mettait dans des rages terribles parce que "je n'étais pas comme ça avant", et au bout du compte j'ai juste appris à me taire et à me laisser faire. J'ai fini par rassembler assez de courage pour partir, et mes merveilleux amis ont su me soutenir en me mettant en sécurité et en prenant soin de moi au cours des mois qui ont suivi.

Je me sens mieux à présent, grâce à la thérapie, à la distance et à mes amis, mais l'intimité physique et sexuelle n'a plus jamais été la même pour moi. Avec chacun de mes partenaires potentiels, je dois passer en revue une liste interminable de trucs qui sont susceptibles d'arriver. Que faire s'ils font quelque chose accidentellement, si j'ai une crise de panique, dans quelle mesure ils n'y sont pour rien. Je ne me suis juste pas encore totalement remise de ce traumatisme.

Je me sens toujours tellement coupable. Je dois dire que mes partenaires ont tendance à me traiter comme quelque chose d'incroyablement fragile. Je n'ai jamais été vraiment capable de détendre mon corps pendant une relation sexuelle. J'ai aussi tendance à faire franchir bien plus d'obstacles aux gens qu'avant, et passe rarement la nuit avec quelqu'un à moins que je ne puisse lui accorder ma totale confiance, parce que je n'ai plus confiance en ma capacité à me protéger.»

—Anonyme

13. «Il y a quelques années, j'ai commencé les spectacles érotiques. J'ai repris possession de mon corps dans un rapport sain à ma sexualité, et je n'ai jamais été plus heureux.»

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«Mon agression sexuelle remonte à ma première année d'université. Je venais de faire mon coming out et j'étais complètement fou de ce type (nous nous connaissions depuis quelques années). Un soir il m'a envoyé un SMS et m'a demandé de venir. Je suis allé chez son ami et ils ont commencé à boire. Je lui ai dit que je ne me sentais pas à l'aise et que je prendrais juste un verre d'eau. Il a commencé par me laisser un peu tranquille, mais il a ensuite insisté pour que je boive encore, en disant des choses comme "Si tu ne veux pas te saouler, pourquoi es-tu ici?" et "Si tu tenais à moi, tu ne dirais pas non." Je voulais juste passer du temps avec lui.

On passe à quelques heures plus tard. On s'embrasse en se caressant. Il essaie d'aller plus loin. J'ai dit non, je ne voulais pas. Il a recommencé à se montrer insistant. En disant des trucs comme "Fais-moi une pipe. On peut se caresser et se faire une pipe l'un l'autre." Ça paraissait inoffensif. On a continué à s'embrasser en se caressant et il a essayé de passer à l'acte sexuel. Je ne m'étais jamais fait pénétrer auparavant et j'ai dit non de façon explicite, je ne voulais pas ça. Il continuait à dire: "si tu m'aimes autant que tu le dis, tu dois le faire pour me rendre heureux." Il a continué d'insister. Tout est devenu confus après ça. Il avait commencé par me plaquer et continuait à me pénétrer.

Je me suis longtemps haï et me suis mis à avoir des rapports non protégés avec d'autres partenaires. Il y a quelques années, j'ai commencé les spectacles érotiques. J'ai repris possession de mon corps dans un rapport sain à ma sexualité, et je n'ai jamais été plus heureux. Je fais des spectacles régulièrement et la troupe avec laquelle je travaille a un regard positif sur le corps, sur la connaissance de sa valeur, et sur l'affirmation de soi. J'adore. Maintenant j'ai assez confiance en moi pour pouvoir raconter cette histoire, pour en parler aux autres et pour me faire le porte-voix de ceux qui ont été agressés et qui n'ont pas encore trouvé leur voix.

Vous n'êtes jamais une victime, et vous n'avez jamais été dans le faux.»

—John

14. «J'ai eu un flashback sorti de nulle part et j'ai été submergée par un flot d'émotions avant de fondre en larmes.»

«Quand j'avais 17 ans, mon petit ami de l'époque (qui est bien sûr aujourd'hui mon ex) m'a agressée sexuellement. Nous étions ensemble au lit, je m'étais assoupie et je me suis réveillée en sentant ses mains dans mon pantalon. Sur le moment, je suis restée pétrifiée et je ne savais pas quoi faire. J'avais toujours imaginé que je serais la sorte de fille capable de faire face à cette situation, mais on ne sait jamais comment on réagit quand ça se produit.

Maintenant, deux ans se sont écoulés, j'ai ramené récemment un type chez moi après une soirée où j'étais sortie. Nous n'avons pas vraiment couché ensemble, mais alors que nous étions au lit ensemble, nous nous sommes retrouvés sans le vouloir dans la même position que cette nuit où mon ex m'avait agressée sexuellement. J'ai eu un flashback sorti de nulle part et j'ai été submergée par un flot d'émotions avant de finir par fondre en larmes. J'ai dû mettre ce type dehors et j'ai appelé une amie qui a passé un long moment à me calmer et à me réconforter. Je ne pense plus à mon ex depuis longtemps, mais cela montre juste que des choses comme ça peuvent toujours avoir un impact sur vous, même des années après.»

—Anonyme

15. «Le fait d'être avec elle m'a aidée à me remettre de l'agression d'une façon que je n'ai connue avec aucun médicament ni aucune psychothérapie.»

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«En l'espace de six mois, j'ai rencontré ma petite amie actuelle et en suis tombée follement amoureuse. Quand nous avons commencé à avoir une relation plus intime, j'ai eu tendance à paniquer et à faire de la dissociation, mais elle continuait à me serrer dans ses bras et à me parler jusqu'à ce que j'en sorte. Elle est toujours patiente avec moi. Le fait d'être avec elle m'a aidée à me remettre de l'agression d'une façon que je n'ai jamais connue avec aucun médicament ni aucune psychothérapie. Quand nous faisons l'amour, je sais qu'elle va m'écouter et me respecter. Et je lui fais suffisamment confiance pour essayer de nouvelles choses.

Je suis avec elle depuis à peu près un an et il m'arrive toujours de temps en temps d'avoir des crises de panique. Mais je suis plus à l'aise dans ma sexualité que je ne l'ai jamais été. Cela fait presque trois ans que j'ai été agressée, et je sais que le chemin de la guérison est encore long —il est souvent bien plus facile de l'ignorer et de faire comme si ce n'était jamais arrivé. J'ai eu beaucoup de mal à me souvenir que je suis une rescapée, pas une victime. Lorsque je repense à cette nuit, j'aimerais avoir eu la volonté de lui dire non ou de le repousser. Mais je ne l'ai pas eue. Et il faut que je fasse avec.»

—Michelle

16. «Je peux communiquer avec mon partenaire maintenant. Lorsque le traumatisme refait surface quand je fais l'amour, je l'exprime.»

«Mon père est pédophile. Quand j'avais 13 ans, j'ai découvert sa cachette de porno pédophile. J'ai tout regardé en sanglotant. Mes parents ont divorcé peu de temps après.

J'ai évité toute relation sexuelle jusqu'à mes 18 ans où une femme rencontrée à une soirée m'a violée. J'ai eu un épisode de dissociation jusqu'à ce qu'elle ait fini. Puis je suis sortie avec elle pendant un an. Je pensais que c'était ça, le sexe. La douleur, la contrainte, l'agression, le vide.

J'ai commencé une psychothérapie à l'âge de 24 ans quand j'ai commencé à avoir des crises de panique au quotidien. Après deux ans de sessions hebdomadaires (merci au système de santé canadien), j'ai réussi à renouer avec ma sexualité et à éprouver de la colère mais aussi de l'indulgence vis-à-vis de mon passé. Je peux communiquer avec ma partenaire maintenant. Quand le traumatisme refait surface pendant une relation, je l'exprime. Ça marche. J'ai réappris à aimer baiser. Je suis si reconnaissante.»

—Juliet

17. «Je me suis aussi mise à pratiquer le yoga régulièrement.»

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«Pour moi, la première étape que j'ai dû franchir, cela a été de partir. C'est difficile de quitter une relation quand on est maltraité et plus encore quand on a des enfants ensemble. Mais au bout de six ans à le voir me forcer à faire des choses que je ne voulais pas faire, à faire exprès de piquer des colères pour que je n'aie d'autre choix que de coucher avec lui si je voulais dormir un peu, à m'accuser de le tromper, à user de tactiques d'intimidation pour me mettre dans son lit, j'en ai eu assez.

J'ai pu commencer à redécouvrir mon corps à partir du moment où j'ai admis qu'il m'avait violée de façon répétée tout au long de notre relation. Parce que j'avais "cédé à ses avances", je n'avais jamais envisagé ce qu'il me faisait comme étant un viol, jusqu'à ce que je voie un psy, ce qui fait que je ne me suis rendue compte de la gravité de la situation qu'un an après notre séparation.

Je dois également dire que je me suis mise à me masturber régulièrement. Ça n'a peut-être rien à voir, mais ça m'a vraiment permis d'avoir une vision du sexe et de ma propre sexualité qui ne soit pas ternie par ce qu'il a fait, mais qui représente un moyen de me sentir bien qui n'appartient qu'à moi. C'est une façon de voir les choses qui permet de s'affirmer de façon incroyable, et ça m'a aidé à sentir que j'avais le contrôle sur ce que je ressentais et à faire diminuer cette impression qu'il avait le pouvoir de me faire me sentir mal.

Je me suis aussi mise à pratiquer le yoga régulièrement. Le fait de voir ce dont mon corps était capable (j'ai découvert qu'il était capable d'énormément de choses) dans un domaine autre que celui de la sexualité m'a permis de me focaliser sur autre chose et de tomber amoureuse de mon corps d'une manière qui m'a finalement permis d'aimer aussi mon corps dans la sphère intime.»

—Aisha

18. «Il ne m'a pas enlevé mon corps ni mon consentement. Je les ai toujours. Je suis toujours vivante.»

«J'ai bientôt 19 ans. Je suis une femme non-binaire et pansexuelle. J'ai été agressée sexuellement par mon ex-petit ami, qui m'a ensuite agressée trois fois de plus après cela. Une des agressions a eu lieu le jour de mon dix-septième anniversaire. Chaque année lors de mon anniversaire, je suis trop déprimée pour faire la fête parce que mon corps a été violé ce jour-là. Ce garçon dégoûtant m'a retiré le droit que j'ai en tant qu'être humain d'accorder mon consentement vis-à-vis de mon propre corps.

Lorsque la relation a pris fin, j'ai repris une relation avec un autre ex. Je me sentais souillée et j'avais l'impression qu'il se souillerait en me touchant. Impossible de faire l'amour pendant des mois et des mois. Et même quand nous l'avons fait, il y avait des gestes qu'il ne pouvait pas faire sur moi ou alors je me mettais à pleurer. J'ai essayé de prendre des douches pour enlever la sensation des mains de mon assaillant sur moi. Quand ça ne marchait pas, j'ai essayé de me faire du mal. De me couper, de me brûler, de me cogner, de faire n'importe quoi pour me détourner de ce qu'il m'avait fait. J'ai porté plainte et rien n'a été fait. J'avais l'impression que je ne valais rien. Je ne suis même pas parvenue à obtenir justice pour moi-même. J'ai développé une addiction à des médicaments sur ordonnance pour essayer d'atténuer ce que je ressentais.

Il m'a fallu passer d'innombrables nuits à avaler des pilules, à m'entailler la peau et à pleurer avant de me rendre compte que ce n'était pas du tout ma faute. J'étais dans une situation que je ne pouvais pas contrôler. Mon corps est toujours à moi. Il ne m'a pas enlevé mon corps ni mon consentement. Je les ai encore. Je suis toujours vivante.

À toute personne qui a été victime d'agression sexuelle: Je vous crois. Ce n'était pas de votre faute. Avec le temps, vous prendrez conscience de cela. Avec le temps, vous vous en sortirez plus forte encore qu'avant. Il se peut que vous ne soyez jamais capable d'oublier ou de vous en remettre à 100%, mais vous pouvez et vous allez traverser cette épreuve. Je crois en vous.»

—Tyler

19. «Ce n'est pas comme avoir envie de gâteau quand on est au régime, c'est plutôt comme se rendre compte qu'on n'aime plus les gâteaux.»

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«J'ai été agressée sexuellement par un ami il y a un an. Je suis pansexuelle, polyamoureuse et j'ai des goûts particuliers: le sexe est particulièrement important pour moi car mon identité sexuelle est relativement inhabituelle. Quand on grandit en pensant au sexe et aux relations différemment par rapport à ses pairs –quand on grandit et qu'on doit continuellement faire et refaire son coming out, expliquer et défendre ses relations encore et encore– le sexe peut devenir un point névralgique de son identité. Dans mon cas, c'était également au centre de ma vie sociale, puisque j'ai tendance à me mêler à d'autres poly aux pratiques inhabituelles.

J'ai toujours été consciente que le fait d'avoir été agressée n'était pas ma faute, mais au niveau inconscient, je ne réussissais pas à me défaire du sentiment que c'était le cas d'une certaine manière. Que, puisque c'est un ami qui m'a agressée, c'était lié au fait que je ne savais pas choisir mes amis. Que peut-être mon mode de vie débauché conduisait inéluctablement au fait que je me mêle à des gens qui avaient des problèmes. Je ne pense pas que ce soit vrai.

Après l'agression, j'ai essayé de revenir à une vie sexuelle normale aussi vite que possible, mais ce n'est pas ce qu'il s'est passé: je n'ai plus ressenti aucun désir de sexe ni de prendre part à des plans BDSM. Ce n'est pas comme avoir envie de gâteau quand on est au régime, c'est plutôt comme se rendre compte qu'on n'aime plus les gâteaux. Ça me déroute, et ce sentiment d'être coupée de l'identité qui a tellement façonné ma vie d'adulte est terrible. Le fait que certains de mes pairs —mes pairs à l'esprit ouvert avec leur façon franche de parler de sexe! — m'aient jugée négativement à cause de ce qui m'était arrivé m'a rendue moins désireuse de m'associer aux étiquettes et aux groupes auxquels je m'étais toujours identifiée.

Ce qui m'a le plus aidée, ça a été de porter plainte après l'agression par le biais d'un programme proposé par un "Rape Crisis Center" et qui s'intitule "Information sharing". C'est un moyen de transmettre des informations à la police sur un agresseur de façon anonyme. Votre déclaration n'est pas recevable auprès d'un tribunal en tant que telle, mais elle peut contribuer à constituer des preuves contre les criminels récidivistes. Dans ma situation, le type n'était pas un criminel récidiviste, mais ça a quand même été utile. J'ai confié à quelqu'un de chez Rape Crisis ce qui s'était passé et il a pris note de mon témoignage, et lorsqu'il me l'a relu, il était douloureusement évident à qui était la faute. J'en suis si reconnaissante.»

Beth

20. «Le mieux que vous puissiez faire pour vous-même est de demander de l'aide et de vous battre contre cette petite voix dans votre tête.»

«Après une relation émotionnellement maltraitante et manipulatrice de deux ans qui a abouti à de nombreuses agressions sexuelles lorsque j'étais à la fac, je me suis sentie brisée. Je n'avais aucune pulsion sexuelle ni estime de moi, et j'étais absolument terrifiée à l'idée de faire à nouveau l'amour. Chacune des relations qui ont suivi a été courte parce que j'étais incapable d'encaisser quelque interaction physique intime que ce soit du fait de sentiments écrasants de panique, de culpabilité et de honte qui s'en seraient suivis. Je me suis carrément mise à éviter tout rapport intime.

Ce n'est que quatre ans plus tard, lorsque j'ai rencontré un homme auquel je tenais beaucoup, que je me suis rendue compte que je ne pouvais pas juste m'insensibiliser pour contourner le problème. Son soutien et sa patience m'ont permis de voir que je méritais mieux et que je n'avais jamais vraiment affronté l'angoisse et la peur: au lieu de ça, je les avais enterrées pour éviter de les réveiller.

J'ai finalement demandé de l'aide à la "Anxiety and Behavior Health Clinic" de ma fac. Ils ont diagnostiqué une forme atténuée de trouble de stress post-traumatique et j'ai passé huit mois en psychothérapie et appris à ne pas contourner l'angoisse mais à la confronter. Ces petits pas sont importants, mais l'élément capital pour moi a été de me rendre compte que ce qui s'était produit n'était pas de ma faute. Je n'avais aucune raison de me sentir honteuse ou coupable parce que je n'avais rien fait de mal. Un fois que j'ai eu ce déclic, il était plus facile pour moi de me reconstruire. Je voudrais que les autres victimes d'agression sexuelle sachent qu'elles ne doivent jamais contourner cette angoisse. Souvenez-vous que chaque histoire est différente et qu'il existe un large éventail de situations. Ce n'est pas parce que je n'étais pas sous la menace d'une arme que je n'ai pas été violée. Et le mieux que vous puissiez faire pour vous-même est de demander de l'aide et de vous battre contre cette petite voix dans votre tête. Et rappelez-vous que vous n'êtes absolument jamais seuls.»

—Anonyme

21. «La semaine dernière, j'ai été capable de prendre un copain dans mes bras sans être tendue, j'étais tellement fière de moi!»

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«J'ai été violé à l'âge de 17 ans par le grand frère d'un ami et agressée sexuellement par le demi-frère de mon ex-petit ami trois mois plus tard. Autant vous dire que ces événements ont été à l'origine de mes problèmes de sexualité. Il m'est difficile de prendre quelqu'un dans mes bras, de me blottir contre lui, de l'embrasser, etc. Ça me tue au plus profond de moi parce que je vois bien que les hommes avec qui je suis veulent que je me blottisse contre eux, et je le veux aussi, mais je ne parviens pas à franchir cette barrière mentale qui me permettrait de leur faire suffisamment confiance. Ça a été la cause de mes deux dernières ruptures.

Heureusement, j'ai fini par trouver un psychothérapeute qui m'aide à régler mes problèmes de sexualité et je fais des progrès, doucement mais sûrement! La semaine dernière, j'ai été capable de prendre un copain dans mes bras sans être tendue, j'étais tellement fière de moi!

—Sierra

22. «J'étais persuadée que j'étais lesbienne alors que je suis en réalité bisexuelle, parce que la seule pensée d'avoir des rapports avec des hommes me répugnait.»

«À l'adolescence, j'ai subi des attouchements sexuels pendant quelques années. À cause de cela, j'ai développé une crainte des hommes au point que je ne pouvais pas me laisser toucher.

J'étais persuadée que j'étais lesbienne alors que je suis en réalité bisexuelle, parce que la seule pensée d'avoir des rapports avec des hommes me répugnait. Les hommes m'attiraient encore, j'avais juste peur d'eux. Pour dépasser ma peur, il m'a fallu laisser le temps guérir mes blessures, mais aussi en parler, trouver un homme en qui j'aie confiance et apprendre à me défendre. L'attouchement sexuel et le viol ne sont pas la même chose, mais c'est tout de même utile de parler d'attouchement sexuel.»

—Anonyme

23. «Commencez doucement, par exemple en envoyant des SMS ou en parlant au téléphone avec la personne qui vous plaît.»

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«J'ai été victime d'agression sexuelle quand j'étais enfant, de neuf à onze ans. On ne m'a pas violée, mais j'ai été victime d'attouchements sexuels et été manipulée. J'ai maintenant presque 19 ans et je n'ai toujours pas réussi à avoir de relations, j'ai la phobie du sexe, je souffre de trouble de stress post-traumatique (TSPT) et je suis maniaco-dépressive. Pendant longtemps, je me suis sentie coupable et faible parce que j'estimais que ce que j'avais subi n'était pas "assez grave" pour avoir un TSPT.

Deux ou trois trucs m'ont été d'une grande aide, comme des chansons auxquelles je pouvais m'identifier ou qui me permettaient de pleurer un bon coup et de lâcher prise (Warrior de Demi Lovato me fait ça tout le temps). Quand je suis en pleine crise d'angoisse/de panique, j'essaye de contrôler ma respiration et de me répéter encore et encore: "je suis en sécurité, ça va aller, ça va passer." C'est dur, mais je suis en train d'apprendre que la sexualité est quelque chose de naturel.

Apprenez à être patiente avec vous-même. Commencez doucement, par exemple en envoyant des SMS ou en parlant au téléphone avec la personne qui vous plaît. Si c'est au-dessus de vos forces, dites-vous que ça n'est pas grave de reculer et que vous y arriverez un jour. Et trouvez une sorte de communauté de gens avec lesquels vous pourrez vous confier ouvertement. J'ai moi-même trouvé quelqu'un sur Tumblr. Et, surtout, souvenez-vous: ça va aller mieux pour nous tous.»

—Anonymous

24. «C'est toujours moi qui prend l'initiative et je pense que c'est un moyen d'éviter qu'on me fasse à nouveau du mal.»

«En troisième, j'ai eu un petit-ami avec lequel j'ai perdu ma virginité. Il a fini par me violer. J'étais endormie quand ça a commencé et j'ai fait semblant de rester endormie jusqu'à ce qu'il ait terminé, puis je me suis rendormie. Je n'ai jamais porté plainte et à chaque fois que je lui disais que j'allais le quitter, il menaçait de se suicider. Lors d'une dispute où nous en sommes tous les deux venus aux mains, je l'ai poussé et il a fini par mettre sa main sur ma gorge et me rejeter contre le lit. Ça faisait presque deux ans que j'étais avec lui quand nous avons rompu.

Aujourd'hui, je me rend compte que depuis que j'ai été agressée alors que j'étais en couple, j'ai tendance à être l'instigatrice de nos rapports sexuels dans ma relation actuelle. C'est toujours moi qui prend l'initiative et je pense que c'est un moyen pour moi d'éviter qu'on me fasse à nouveau du mal, et c'est pourquoi je suis ouverte sexuellement à tout, même si je n'ai pas vraiment envie de l'être.»

—Chloe

25. «Aussi idiot que ça puisse paraître, j'ai beaucoup regardé New York, unité spéciale. Cette série compte tant d'épisodes que j'avais vraiment l'impression d'entendre Olivia Benson me rassurer sur chacune des inquiétudes que j'avais.»

NBC

«Il y a douze ans, alors que j'avais 21 ans, je me suis évanouie lors d'une soirée après avoir trop bu, et je me suis réveillée nue et endolorie à côté d'un type que je croyais être un ami. J'avais des bribes de souvenirs de ce qui s'était passé et lorsque je lui en ai parlé, il a répondu que rien ne s'était passé et que j'avais bazardé mes vêtements parce que j'avais chaud. Environ un mois plus tard, j'ai fait une fausse couche. J'ai conscience que je suis lesbienne depuis l'âge de 13 ans et ça a été ma seule et unique fois avec un homme.

Le meilleur conseil que je puisse donner pour retrouver goût au sexe, c'est de ne pas se remettre en question et de s'exprimer clairement quand quelque chose ne nous convient pas. J'ai perdu beaucoup de temps à me reprocher mon ivresse, le fait de ne pas m'être défendue, etc. À un moment, j'ai essayé de lui tailler une pipe parce que je pensais qu'il me laisserait tranquille après avoir éjaculé, mais ça n'a pas marché. J'ai appelé une permanence téléphonique contre le suicide deux ou trois fois à ce propos. Le fait d'avoir nié la gravité de ce que j'avais vécu a fait empirer les choses pour moi. En faisant ça, j'ai sans doute gâché la relation la plus longue que j'aie eue.

Et aussi idiot que ça puisse paraître, j'ai beaucoup regardé New York, unité spéciale. Cette série compte tant d'épisodes que j'avais vraiment l'impression d'entendre Olivia Benson me rassurer sur chacune des inquiétudes que j'avais.»

—Anonyme

26. «La peur que je ressens quand je suis dans une situation d'ordre sexuelle me paralyse, mais la seule chose qui me contrarie plus que ma peur, c'est l'ignorance autour des agressions sexuelles.»

«Quand j'avais à peu près sept ans, j'ai commencé à être agressée sexuellement par quelqu'un dont j'étais très proche et en qui j'avais pleinement confiance. Ces agressions ont duré environ un an et demi et allaient de me regarder pratiquer des actes sexuels à toutes sortes d'attouchements. Je ne savais absolument pas que ce qui m'arrivait était mal, jusqu'à ce que ma mère l'apprenne.

Quant à l'impact sur ma vie sexuelle, je me suis souvent sentie obligée de précipiter les choses et de prendre en main des situations qui sont hors de mon champ afin d'avoir un peu de contrôle sur les personnes qui font partie de ma vie. Je suis une lesbienne de 16 ans qui marche vite dans les lieux publics et évite de croiser le regard des hommes de mon âge. J'ai parfois des accès de panique en plein câlins avec ma petite amie. Et tandis que je vois tous mes amis perdre leur virginité et vivre pleinement l'épanouissement de leur vie sexuelle, la mienne est obscurcie par la peur, les souvenirs refoulés et par ma frustration en tant que femme.

La peur que je ressens quand je suis dans une situation d'ordre sexuelle me paralyse, mais la seule chose qui me contrarie plus que ma peur, c'est l'ignorance autour des agressions sexuelles. Mon homosexualité n'a rien à voir avec mon agression. Je suis homosexuelle parce que c'est ma putain de nature. Je n'ai pas été agressée parce que je m'habillais de manière provocante, j'ai été agressée parce que le viol n'est pas une question de sexe, c'est une question de pouvoir. Et même s'il y a des gens pour vous dire que ce que vous traversez n'est pas grand chose, je vous assure que tous vos sentiments sont légitimes même si vous ne les comprenez pas.»

—Anonyme

27. «Je me suis toujours demandé si mon asexualité était liée aux abus que ce type m'a fait subir quand j'avais six ans.»

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«Je me suis toujours demandé si mon asexualité était liée aux abus que ce type m'a fait subir quand j'avais six ans. Mais j'ai fini par me rendre compte, même si c'est lié à l'agression, que cela ne rendait pas mon asexualité moins légitime. Si jamais je décide un jour de m'installer avec quelqu'un, je sais que ce sera quelqu'un qui respectera mes limites et consentira à une relation sans sexe. Je ne ressens pas le besoin ni le désir d'être "réparée", parce que je ne suis pas brisée! Que mon asexualité soit innée ou causée par l'agression, j'ai une vie pleine et animée sans sexe et je n'ai pas besoin d'axer ma vie sur le fait de changer cet état de fait. Les médias ont beau me dire que c'est bizarre de ne pas avoir de relations ou de rapports sans lendemain ou même de rapports dans le cadre d'un engagement, je sais que je peux m'en passer et me sentir aussi satisfaite de ma vie.

Je m'inquiète encore parfois de savoir si c'est le souvenir flou que j'ai de ces événements qui me renforce dans ma sexualité ou mon asexualité par rapport à d'autres, mais je veux que tout le monde sache que quelle que soit la nature de votre sexualité, vous êtes légitime, on vous croit et vous êtes belle/beau. Vous n'avez pas besoin de vous justifier auprès de qui que ce soit. Je veux que tout le monde sache que l'asexualité existe et qu'il n'y a pas de quoi en avoir honte. Si vous souhaitez vraiment vous atteler à trouver ou retrouver le désir sexuel, faites-le selon vos propres conditions et avec ce qui vous met le plus à l'aise. Ne vous forcez pas si vous n'avez vraiment pas du tout la volonté de vous investir dans un rapport sexuel. Votre asexualité est légitime.»

—Anonyme

28. «Il est parfois plus simple pour moi d'avoir un orgasme lorsque j'échafaude des scénarios irréels dans ma tête avec des gens imaginaires ou des célébrités, que lorsque je me concentre sur ce que vit mon corps actuellement.»

«Il y a quatre ans environ, je me trouvais dans une relation abusive et violente, d'un point de vue émotionnel et physique, et ça m'affecte encore aujourd'hui.

Ça fait maintenant presque deux ans que je suis avec mon petit ami actuel (nous l'appellerons Hugh), et c'est l'homme le plus gentil, doux, compréhensif et aimant que je puisse imaginer. Malgré tout, il est parfois terriblement difficile pour moi d'avoir des rapports intimes avec lui. Aujourd'hui encore, il est parfois plus simple pour moi d'avoir un orgasme lorsque j'échafaude des scénarios irréels dans ma tête avec des gens imaginaires ou des célébrités, que lorsque je me concentre sur ce que vit mon corps actuellement avec Hugh —c'est, je crois, ce qui reste de l'époque où je pensais à autre chose (n'importe quoi) quand j'avais des relations sexuelles (souvent forcées, non désirées) avec mon ex.

Je préfère aussi parfois le "faire moi-même" plutôt que de faire l'amour avec Hugh. Pas parce que je n'en ai pas envie avec lui, mais parce que je suis absolument certaine que je ne veux plus jamais me faire du mal de quelque manière que ce soit. Je ne ferai que ce qui me fera du bien, ni plus ni moins.

Il m'arrive parfois aujourd'hui de détester que Hugh me regarde lorsque nous faisons l'amour. Et il m'est fréquemment arrivé de pleurer après, simplement à cause de la honte que je ressens encore quand nous faisons l'amour. C'est une piqûre de rappel de la relation dans laquelle je me trouvais et pendant laquelle la honte était le sentiment dominant. Je continue de ressentir de la honte, encore aujourd'hui, et même si la partie rationnelle de mon esprit sait que le sexe est quelque chose de sain, de bon et de beau avec la bonne personne. Je me suis également rendu compte que je cherchais beaucoup trop à plaire. Là encore, c'est ce qui reste de mon ex manipulateur qui cherchait à me faire faire tout ce dont il avait envie, que j'en aie moi-même envie ou pas.»

—Isabel

29. «J'achète des sous-vêtements dans lesquels je me sens sexy parce que je suis enfin prête à me sentir à nouveau sexy.»

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«J'ai été agressée sexuellement par quelqu'un que j'avais rencontré à une soirée en première année de fac. À l'époque, j'étais avec quelqu'un qui me maltraitait d'un point de vue émotionnel, et mon petit ami ne m'a absolument pas soutenue. Il se montrait insistant pour que je fasse des trucs sexuels avec lui alors que je n'étais pas prête et s'en prenait à moi quand j'étais bouleversée, que j'avais des flashbacks, ou lorsque je me repliais sur moi-même après. J'étais vierge quand j'ai été violée et je n'avais jamais fait l'amour avec mon petit ami, même si nous faisions tout le reste.

Deux ans et demi plus tard, après avoir suivi une longue psychothérapie, effectué un gros travail sur moi et mis fin à ma relation toxique, je commence à nouveau à être moi-même. Mais l'idée de faire l'amour avec qui que ce soit continue de me terrifier. Cette idée est encore intimement liée à la nuit où j'ai été agressée sexuellement. Ce sentiment s'ajoute à une peur panique d'être dans l'intimité avec quelqu'un et de le laisser entrer.

Je suis toutefois prête à prendre des mesures pour me remettre en selle, et j'ai déjà le sentiment de m'affirmer davantage et d'être plus à l'aise, ce qui est considérable dans l'état actuel des choses. J'ai acheté un vibromasseur et je L'ADORE! J'achète des sous-vêtements dans lesquels je me sens sexy parce que je suis enfin prête à me sentir à nouveau sexy. Je me suis centrée sur moi-même: j'ai voyagé, redécouvert des trucs que j'aime, trouvé de nouveaux centres d'intérêt et me suis fait de nouveaux amis, tout en faisant un travail sur mon expérience traumatique. Enfin, quand je me suis à nouveau acceptée, j'ai entrepris de récupérer mon propre pouvoir sexuel et ça fait vraiment du bien. Je n'en étais pas à ma première tentative, mais avant ça je n'étais pas prête. Ce n'était pas mon heure et ce n'était pas grave.»

—Anonyme

30. «Je suis presque sûre que c'est à cause de ça que je souffre maintenant de vaginisme.»

«J'ai 21 ans et je suis étudiante. Quand j'avais 18 ans, j'ai dit à mon petit ami que nous ferions l'amour le soir du bal de fin d'année. Le problème, c'est que je n'étais pas attirée par lui et je ne comprenais pas qu'il fallait avoir de l'excitation pour ressentir du plaisir lors d'une relation sexuelle. Quand il a commencé à me pénétrer, j'ai presque crié tellement ça faisait mal. Je lui ai demandé d'arrêter, mais il m'a culpabilisée et m'a dit qu'il fallait qu'on continue. Je me suis sentie piégée et j'ai dit d'accord, mais je me sentais malheureuse. La douleur a continué, mais comme je voulais être une "bonne petite amie", je n'ai rien dit.

Je suis quasiment sûre que c'est à cause de ça que je souffre maintenant de vaginisme. Je peux ressentir de l'attirance, mais dès que quelqu'un essaie de mettre sa bite en moi, je ne peux plus continuer.»

—Emma

31. «J'aimais la façon dont on mettait l'accent sur la communication et le consentement dans la communauté BDSM.»

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«Après avoir été agressée sexuellement en première année de fac, j'ai refoulé ce qui s'était passé et essayé de ne pas y penser, mais ça a continué d'affecter ma vie sexuelle, que je le veuille ou pas. J'ai renoncé à mon "vœu de pureté" et commencé à sortir en boîte et me faire peloter par des types. Quand j'ai eu ma première relation sérieuse, les vannes se sont ouvertes, et quand je faisais l'amour, je ne pouvais plus m'arrêter (à moins qu'il ne soit pas d'accord, bien sûr, c'est juste une façon de parler de dire que mon appétit sexuel était insatiable). Je me suis rapidement retrouvée à avoir des pratiques sexuelles inhabituelles, et après notre rupture, j'ai pu les explorer avec plus de liberté.

J'aimais la façon dont on mettait l'accent sur la communication et le consentement dans la communauté BDSM. La soumission est souvent interprétée à tort comme le fait d'abandonner le contrôle à quelqu'un d'autre, mais c'est en étant soumise que j'ai en réalité eu le plus de contrôle, et ça a beaucoup compté alors que j'arrivais enfin au bout d'une thérapie qui m'a aidée à traiter mon agression sexuelle et les problèmes qui en ont découlé. Vous avez la main quand vous êtes soumis. Sur ce que vous aimez ou pas. Il suffit de dire le mot de sécurité et tout le monde s'arrête. Votre dominant s'arrête, vous demande si tout va bien et prend soin de vous. Si le jeu se déroule dans un donjon, le moniteur vient voir si tout va bien. Ce sentiment d'extrême sécurité a guéri de nombreuses blessures.

Ce qui est encore plus fou, c'est que je pratique le CNC (non-consentement consenti)! Jouer à faire semblant avec mon partenaire que j'aime et entre les mains duquel je mets ma vie (littéralement!) me donne un sentiment de sécurité et le fait de revivre en quelque sorte ce qui m'est arrivé, tout en sachant que je suis en sécurité et que je peux arrêter à tout moment, est vraiment cathartique.»

—Anonyme

32. «Redécouvrir ma sexualité a été une libération. C'était le dernier pan de ma vie dont mon violeur m'avait dépossédée, et ça aussi, je l'ai repris.»

«Quand j'étais à la fac, je suis sortie avec un homme qui, quand j'y repense, s'est montré de plus en plus violent sexuellement au fur et à mesure de notre relation. Il a été mon premier partenaire sexuel et était plutôt discret de ce point de vue quand nous étions ensemble, je n'ai rien remarqué. Après notre rupture, j'ai déménagé et changé de numéro de téléphone, mais il a réussi à savoir où j'habitais et s'est introduit deux fois par effraction dans mon appartement et m'a violée en me menaçant avec une arme.

Plus tard, j'ai eu une discussion avec un ami et nous nous sommes mis d'accord pour coucher ensemble en restant amis. C'était parfait pour m'aider à reprendre confiance parce que je n'avais pas à m'inquiéter de plaire à l'amour de ma vie, c'était juste un ami qui pouvait s'en aller n'importe quand sans avoir de rancune ni le cœur brisé. Sexuellement, c'était parfois exceptionnel et les expériences étaient excitantes, d'autres fois, alors que tout pouvait bien se passer, j'étais soudain saisie de terreur et j'arrêtais tout ou je n'arrivais même pas à m'y mettre. Il était patient, respectueux, et quand il était frustré, il ne le montrait jamais. Mais il me traitait aussi comme une femme: il ne me traitait pas comme si j'étais brisée, fragile ou naïve, ce qui était vraiment quelque chose.

J'ai toujours eu peur que le viol me définisse. Peu de personnes connaissent mon histoire (même si mon plus grand regret reste de ne pas l'avoir dénoncé à la police). Redécouvrir ma sexualité a été une libération. C'était le dernier pan de ma vie dont mon violeur m'avait dépossédée, et ça aussi, je l'ai repris. Je ne suis pas sûre que mon ami pourra un jour mesurer quel beau cadeau il m'a offert.»

—Anonyme

33. «Parfois, mon petit ami veut me faire un câlin ou m'embrasser et, même si je n'y suis pas vraiment opposée, je me retrouve à lui dire non parce que je le peux

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«J'ai été agressée par un ami de la famille, le mari de ma baby-sitter. Ça a déclenché chez moi des tas de déclics étranges que je n'ai compris que bien plus tard, comme quand je regarde le générique d'un film et l'écran gris flou à la fin quand il s'éteint. Ce bruit blanc réconforte la plupart des gens, et moi? Ça me terrorise complètement et ça me rend malade.

J'ai eu la chance de trouver un partenaire qui comprend ma peur et ma prudence vis à vis du sexe. Je me bats avec ça, mais je sais que tout va bien. J'ai le droit d'avoir peur et d'être prudente.

L'une des choses qui me permet le plus de reprendre la main, c'est de dire non. Peu importe la raison. Parfois, mon petit ami veut me faire un câlin ou m'embrasser et, même si je n'y suis pas vraiment opposée, je me retrouve à lui dire non parce que je le peux. Quand il arrête immédiatement ce qu'il me fait, quoi que ce soit, je ressens du soulagement parce que je sais que mon "non" compte. C'est devenu une telle habitude que parfois je ne me rends même pas compte que je le fais avant que le mot ne soit sorti.»

—Anonyme

34. «Je comprends à présent que ce que je choisis de vivre au plan sexuel et mon agression sont deux choses totalement différentes. Maintenant, j'ai le choix.»

«J'ai été victime d'agressions sexuelles tout au long de mon enfance. Je connaissais les organes génitaux et la pornographie avant de savoir ce que c'était vraiment que faire l'amour. À l'âge de 15 ans, les agressions ont cessé. J'étais tellement détraquée émotionnellement par tout ça que je croyais que la masturbation/les pulsions étaient quelque chose de mal. Je me maudissais d'avoir des pulsions et de la curiosité, parce que j'avais brouillé les lignes entre les agressions et ce qui était normal; je pensais que je ne valais pas mieux que lui.

J'ai porté une bague de chasteté tout au long du lycée et suis restée chaste pendant quatre ans, ce dont je suis encore fière. J'ai été proche de deux garçons, deux garçons pour qui j'avais des sentiments forts, et cela n'a pas été facile. Il m'a fallu beaucoup de patience et de temps pour guérir, mais je comprends à présent que ce que je choisis de vivre au plan sexuel et mon agression sont deux choses totalement différentes. Maintenant, j'ai le choix.»

—Lindsey

35. «Je suis avec mon petit ami depuis presque trois ans et je ne suis toujours pas capable de faire l'amour avec lui.»

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«Je suis un homosexuel de 22 ans et j'ai été violé pour la première fois par mon petit ami du lycée quand j'avais 15 ans. Il m'a forcé à rester avec lui jusqu'à l'âge de 18 ans en me manipulant, en me convainquant que je ne valais rien et en démolissant mon estime de moi au point où j'avais le sentiment que personne ne m'aimait. Quand je suis allé à l'université, je me suis finalement rendu compte de la nature toxique de notre relation et j'ai complètement coupé les ponts avec lui, non sans conséquences.

Je suis avec mon petit ami actuel depuis presque trois ans et je ne suis toujours pas capable de faire l'amour avec lui. Mais ce qui est encore plus dur c'est que j'ai énormément de mal à révéler ce que je ressens vraiment et à dire aux gens, même à ceux en qui j'ai le plus confiance, ce que je veux vraiment (pour les grandes décisions comme pour des choses banales comme choisir ce que je veux manger), dans la mesure où on m'a manipulé pendant trois ans au point que je pensais que ce que je voulais ou ressentais n'avait aucune importance.

Ça a été un long chemin pavé de révélations et de transformations, et mes amis les plus proches ont fait une énorme différence dans ma vie. Je n'ai même pas eu l'opportunité de bénéficier du suivi et des informations destinés aux victimes d'agression sexuelle parce que je suis un homme. Je ne suis pas encore à 100% OK et je ne suis pas certain de l'être un jour, mais je ne changerais rien de ce que j'ai vécu car je ne serais pas la personne que je suis aujourd'hui si je n'avais pas connu cela. Je suis actuellement une formation pour devenir éducateur jeunesse et j'ai pour ambition de former et d'aider les jeunes. J'encourage tous les jeunes victimes d'agression sexuelle, y compris (et en particulier) les garçons à solliciter une forme ou une autre de suivi, car le fait de l'avoir fait dans le cadre de ma formation a été l'expérience la plus gratifiante dans le cadre de ma guérison et de mon épanouissement personnel. Je regrette juste de ne pas avoir pu le faire à 15 ans.»

—Phillip

36. «Je suis beaucoup plus renfermée, et beaucoup de gens qui ne savent pas ce qui m'est arrivé pensent que c'est seulement parce que je me suis casée et que je me suis mariée, mais ce n'est pas le cas.»

«Avant mon agression, les relations intimes étaient un domaine de ma vie qui me procurait beaucoup de joie et me permettait de relâcher la tension. Je flirtais beaucoup, j'adorais la jolie lingerie, j'étais en phase avec ma sexualité. Depuis que j'ai été agressée, je suis devenue bien plus réservée. Je me reproche parfois encore d'avoir été agressée parce que je flirtais beaucoup. J'étais du genre à écrire mon nom sur les serviettes des bars et les faire passer au mec le plus mignon du groupe. Je flirtais de manière platonique avec les hommes comme avec les femmes.

Aujourd'hui, il m'est difficile de faire ce genre de choses sans avoir le sentiment que cela peut se retourner contre moi. Je suis beaucoup plus renfermée, et beaucoup de gens qui ne savent pas ce qui m'est arrivé pensent que c'est seulement parce que je me suis casée et que je me suis mariée, mais ce n'est pas le cas. J'ai l'impression d'avoir perdu une grande partie de moi-même. Je peux toujours trouver de la joie dans les relations intimes, mais c'est également une zone de grand stress dans ma vie, plutôt qu'une oasis hors du stress.

Je continue tous les jours à travailler sur mes problèmes. J'aimerais avoir autant le goût de l'amusement et de la légèreté qu'auparavant, et, même si je regrette de n'avoir pas poursuivi mes études (j'ai dû les interrompre à cause de mon TSPT), je ne pense pas que je voudrais revenir en arrière et tout recommencer si je le pouvais. Ce serait super de ne pas souffrir de ce TSPT, mais ma vie porte aussi en elle un certain nombre de choses dont je n'imagine pas qu'elles auraient été possibles si je n'avais pas vécu ce profond bouleversement. J'ai un mari fantastique et nous avons tous les deux une super maison et un chat vraiment adorable. Évidemment, il ne s'agit pas pour moi de dire que je suis contente d'avoir été violée —je me ferais une joie de brûler mon violeur si c'était légal— je dis juste que la vie finit par reprendre le dessus si on continue d'avancer.»

—Vivienne

37. «Certains ont pu être affectés de façon différente, c'est mon cas ainsi que celui de beaucoup d'autres qui font l'expérience d'une hypersexualité induite par le traumatisme.»

Instagram: @pleasurepie / Via instagram.com

«Je suis une victime de violence sexuelles entre mineurs. Je n'entrerai pas dans les détails, mais aujourd'hui, du fait de ce qui s'est produit, je suis hypersexuel. Mon appétit sexuel et bien plus grand que les autres et j'assouvis des fantasmes sexuels inquiétants. Je suis intimement persuadé que, si je ne suis pas sexuellement attirant, je ne vaux rien, et si je n'ai pas de relations sexuelles, je mourrai.

Évidemment, tout ça a été à l'origine de conduites à risque de ma part avec des amis comme des inconnus, et il a fallu que je me fasse peur plus d'une fois avant de me rendre compte que ce sentiment n'était pas normal et que c'était lié à mon agression passée (souvenirs que j'avais refoulés longtemps auparavant). J'ai toujours ce sentiment, mais j'apprends à mieux le gérer grâce à la thérapie et au soutien d'un réseau de personnes qui comprennent.

Beaucoup savent que les victimes d'agressions on du mal à retrouver leur sexualité du fait de leur traumatisme, mais j'ai aussi le sentiment qu'il est important de montrer que certains ont pu être affectés de façon différente, c'est mon cas ainsi que celui de beaucoup d'autres qui font l'expérience d'une hypersexualité induite par le traumatisme.»

—Leo

38. «Vous êtes légitime, vous méritez d'être aimé-e, ça n'a jamais été de votre faute et ça ne le sera jamais. Vous méritez de vivre la meilleure existence qui soit.»

«Je suis un homme trans de 19 ans. L'agression sexuelle que j'ai subie m'a rendu solitaire et m'a presque dégoûté de toute relation de couple à partir du moment où il était question de sexe. Parfois, de simples sentiments amoureux suffisaient à me détourner de l'autre et à vouloir mourir. J'ai eu le sentiment d'être un jouet, et c'est toujours le cas, et je trouve déprimante la façon dont cela a affecté la perception que j'ai de la notion de confiance. Je continue à avoir l'impression que je dois donner du sexe à mes partenaires en échange de leur amour, et que mon consentement n'aura jamais aucune importance tant qu'ils ne seront pas satisfaits.

Je souffre de TSPT et j'ai souvent des pensées suicidaires, ces deux troubles étant en partie liés à ce traumatisme. Je sais que j'ai la vie devant moi, mais je n'envisage toujours pas de relation dans laquelle on ne m'exploitera pas pour la seule chose pour laquelle mes agresseurs me trouvent des qualités, à savoir le sexe. Cela m'a malgré tout pris du temps de me rendre compte que mes expériences sont légitimes.

Mon meilleur conseil aux rescapés: ne laissez absolument personne vous dire que vous n'avez pas été meurtris ni traumatisés. Vous êtes légitime, vous méritez d'être aimé-e, ça n'a jamais été de votre faute et ça ne le sera jamais. Vous méritez de vivre la meilleure existence qui soit.»

—Damian

39. «À tous les autres qui ont survécu au viol, je voudrais dire: quelle que soit la façon dont vous envisagez aujourd'hui le sexe, c'est la bonne! Votre corps vous appartient, ce qui veut dire que votre vie sexuelle est légitime, sous quelque forme que ce soit.»

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«J'ai été avec quelqu'un qui m'a fait subir des violences sexuelles de 14 ans à 17 ans environ. Ça a été mon premier amour, mon premier baiser, ma première expérience, une première dans tous les domaines. Donc, comme c'est par le viol que j'ai pour la première fois été exposée au sexe, cela a déterminé ma relation à la sexualité par la suite. J'ai aussi été violée par mon meilleur ami à la fac, et ça a été un véritable frein dans ma progression vers le fait de pouvoir à nouveau faire confiance aux autres et à nouer des relations saines.

J'ai fait l'amour une poignée de fois seulement depuis cette relation que j'avais au lycée et j'ai décidé que ce n'était pas vraiment pour moi. J'ai eu des pensées contradictoires sur ce sujet pendant un moment: aurais-je été asexuelle sans avoir vécu tout cela? Suis-je définie par cela de façon permanente? Suis-je abîmée? Avec le temps, je me suis rendu compte que pour prendre le pouvoir sur mon propre corps, il fallait que je m'octroie le droit d'avoir tout type de relations sexuelles de mon choix, même si ça implique de ne pas en avoir du tout. À tous les autres qui ont survécu au viol, je voudrais dire: quelle que soit la façon dont vous envisagez aujourd'hui le sexe, c'est la bonne! Votre corps vous appartient, ce qui veut dire que votre vie sexuelle est légitime, sous quelque forme que ce soit.»

—Anonyme

Pour des raisons de longueur et/ou de clarté, les réponses ont été modifiées.

Ce post a été traduit de l'anglais.

Casey Gueren is a senior health editor for BuzzFeed News and is based in New York.

Contact Casey Gueren at casey.gueren@buzzfeed.com.

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