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Ce rescapé du Bataclan dit pourquoi il va voir les Eagles of Death Metal

«Ce 16 février, j’irai à l’Olympia pour embrasser le Diable à nouveau», dit Alexis qui était présent au Bataclan le 13 novembre.

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Lors de l'annonce du concert à l'Olympia en décembre dernier, les membres du groupe expliquaient vouloir «finir leur tournée écourtée par les événements tragiques du 13 novembre au Bataclan.»

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Les rescapés du Bataclan ont été invités à échanger leur billet du 13 novembre pour pouvoir assister au concert de ce soir. Et pour de nombreux survivants, le concert sera très particulier.

«J'aime la vie comme ils aiment la mort. Je leur ai donné 3 mois de peur. Aujourd'hui, il est temps d'affronter cette peur. Ce 16 février, j'irai à l'Olympia pour embrasser le Diable à nouveau. J'irai parce que j'ai le choix. Un choix que des centaines de personnes n'ont pas. Le 13 novembre 2015, je suis né une deuxième fois. C'est une chance comme on n'en a qu'une dans son existence. Ce concert sera le premier de ma nouvelle vie. Une vie où j'essaierai d'être un peu moins con que dans la précédente, car je ne ressens aucune haine depuis les attentats, je suis même plutôt devenu un Bisounours.

J'ai déjà raté trop de concerts, trop de films, trop de soirées rue de Charonne et trop d'occasions de vivre à cause de ce qu'ils ont fait. Ce soir, ce concert sera comme un test, voire un rite de passage», ajoute-t-il.

Joint par BuzzFeed News, Alexis dit qu'écrire était indispensable: «J'ai rédigé ce texte parce c'est plus facile pour moi de l'expliquer comme ça qu'aux gens à l'oral. Et je voulais répondre à tous ceux qui me posaient la question d'un coup.»

C'est aussi pour cela qu'il avait décidé le 16 novembre, trois jours après les attentats, de témoigner de ce qu'il avait vécu.

«Le 16 novembre, j'étais encore en état de choc. Depuis j'ai évolué, même si je n'ai fait aucun concert, vu aucun film... Chaque texte que j'ai écrit est une sorte de mise à jour sur mon état, ça me permet de fixer mes sentiments à un moment T», nous confie-t-il.

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Dans son témoignage, on apprend qu'il ne voulait au départ pas revoir les Eagles of Death Metal «même s'ils jouaient dans un bunker présidentiel».

«J'ai lentement redonné sa chance à la musique, en commençant par découvrir que le classique et l'ambient, c'est bien aussi parfois. J'ai pris des places pour un festival de mécréants. Et finalement, la décision la plus difficile a été celle de ne pas renoncer à ce fameux concert. Il y a deux mois, je disais que je n'irais pas revoir ce groupe même s'ils jouaient dans le bunker présidentiel. Alors, pourquoi retourner finalement voir ce groupe en concert à Paris, 3 mois après? Je me suis longtemps posé la question. Est-ce que cela a le moindre sens quand tout ce qui est associé à cette soirée est source d'angoisse et que je n'ai pas été capable de réécouter le groupe depuis le 13 novembre?»

«J'ai une relation très ambigüe avec le groupe aujourd'hui. Je suis fan d'eux mais maintenant je les associe forcément aux attentats malgré eux. C'est impossible pour moi de faire la différence», nous explique Alexis.

Pour Alexis, ce concert n'est pas la suite de celui du Bataclan. «J'y vais pour un nouveau concert. Celui de novembre s'est fini comme on sait, je vois pas comment on pourrait le reprendre là où il s'est arrêté».

Mais il sera surtout à l'Olympia parce qu'il en a marre que ses comportements «soient dictés par la peur et par la peur de vivre dans l'angoisse permanente. C'est très pesant.»

«Ce sera peut-être le deuxième pire concert de ma vie, mais j'espère au moins que cette fois, tout le monde en sortira. Je ne serai sûrement pas au troisième rang de la fosse comme au Bataclan, mais plutôt au balcon avec les politiques, peur oblige. Et je porterai les mêmes vêtements immaculés que le 13 novembre, parce que j'aime ces fringues et que ce jour-là, elles constituaient ma seule carapace, quand je tentais de me fondre dans le parquet du Bataclan pour disparaître vainement.»

Bien sûr, ce soir il aura peur. Il a d'ailleurs très mal dormi hier. «J'ai peur que malgré la sécurité, l'Olympia soit frappé par un drone. La paranoïa complètement irrationnelle, c'est difficile à empêcher après ce qu'on a vécu.»

«Mais j'ai décidé de vivre.»

«Bien sûr, je ne suis pas guéri et je ne le serai sûrement jamais complètement. Mais j'ai décidé de vivre. Non par nécessité ou par procuration pour les victimes, car personne ne peut prétendre vivre avec ce fardeau. Mais parce que j'aime la vie comme ils aiment la mort.»

Assma Maad est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Assma Maad at assma.maad@buzzfeed.com.

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