go to content

7 moyens d'aller un peu mieux après les attentats de Paris

Vous êtes vivant. Vous ne connaissez pas directement quelqu'un de touché par les attaques qui ont frappé Paris. Et pourtant, ça ne va pas. Que faire?

posté le

Les attentats de Paris survenus le vendredi 13 novembre ont causé au moins la mort de 129 personnes et fait plus de 300 blessés. Quelques jours après, le traumatisme est toujours aussi grand.

Certains d'entre vous se demandent peut-être comment faire pour aller un peu mieux.

C'est une question qu'on se pose en tout cas depuis plusieurs jours à la rédaction. On a donc contacté plusieurs experts pour leur demander des conseils. Bien sûr, cet article n'a pas vocation à remplacer un médecin, n'hésitez pas à consulter quelqu'un si vous avez des questions ou des inquiétudes sur votre santé.

1. Accepter de ne pas aller bien.

Soberp / Getty Images / Via Thinkstock

Les attaques qui ont frappé la capitale française sont d'une envergure si inédite qu'on en vient parfois à se demander si on réagit de la «bonne» manière. «Est-ce que ce mal-être que je porte avec moi depuis vendredi est normal?» «Je ne me sens pas pareil qu'après les attaques contre Charlie Hebdo en début d'année, pourquoi?» «Je n'ai pas connu une victime présente au Bataclan, au Stade de France, ou dans les brasseries et restaurants du 11e attaqués, mais je ne vais quand même pas très bien, c'est normal?», sont quelques questions que vous vous êtes peut-être posées.

Chacun réagit de manière différente et il n'y a rien d'anormal à ne pas se sentir bien. «L'identification projective est beaucoup plus forte que pour les attentats de janvier dernier, puisque ce sont des gens comme nous qui ont été tués dans un moment de détente», explique le docteur en psychopathologie Hélène Romano, auteure avec Boris Cyrulnik de l'ouvrage Je suis victime, l'incroyable exploitation du trauma.

Les attaques de janvier ont principalement touché des gens de Charlie Hebdo parce qu'ils étaient de Charlie Hebdo, des juifs parce qu'ils étaient juifs; cette attaque a touché n'importe qui. «Donc forcément on s'identifie davantage, d'autant que cela réveille des angoisses des morts, de sentiment d'insécurité, liés aussi certaines fois à nos angoisses de mort, et ça vient fragiliser les choses éprouvantes qu'on a pu vivre dans notre vie avant.»

2. Parler avec ses amis, avec sa famille.

istock / Getty Images / Via Thinkstock

Parler. Parler. Parler. Qu'on aille pas bien, qu'on aille pas bien et qu'on pense que ça ira, qu'on croit aller bien, parler est une bonne idée! Les attaques de vendredi sont un fait rarissime dans notre pays. Selon les différentes expertes que nous avons interrogées, quand on est choqués, qu'on croit l'être ou non, toutes ces émotions négatives peuvent peser, et parler permet de les faire sortir.

«Il est primordial de parler avec ses proches, avec ses amis, d'échanger parce que ce que tous ces événements viennent toucher notre sens de la vie. Ces actes dramatiques nous questionnent sur notre existence, ça vient questionner nos valeurs», explique Raphaëlle Giacomini-Agostini, qui tient un cabinet de psychotérapie gestalt et yoga à Paris.

«Dans ce genre de situations il faut pouvoir poser des mots avec des personnes qui peuvent aussi nous ressembler. C'est pour ça que dans ces cas-là on a besoin de conforter le lien avec ses amis et sa famille afin de retrouver un cercle de repères qui permettent de nous redonner un sens et une cohérence.»

3. Se laisser du temps.

Stevanovicigor / Getty Images / Via Thinkstock

«Il est important de temporaliser les choses et de ne pas tout psychiatriser. Qu'on ne soit pas bien ces premiers jours, c'est très adapté. Il faut se laisser du temps», dit Hélène Romano. «Psychiquement, on commence à parler de trouble au-delà d'un mois, mais on n'en est pas encore là. Il ne faut pas s'affoler si on a des troubles, mais prendre soin de soi», conclut-elle.

4. RES-PI-RER.

Shtonado / Getty Images / Via Thinkstock

«Si vous avez l'impression d'être à court de souffle et de ne plus pouvoir respirer, qui sont des réactions dues au stress, c'est tout simplement parce que vous êtes bloqués», explique Sarah Thierrée, sophrologue à Tours. «Votre diaphragme est bloqué et vous n'avez plus la capacité respiratoire que vous avez en temps normal, quand vous allez bien», ajoute la thérapeute.

Raphaëlle Giacomini-Agostini préconise un exercice simple avec l'aide d'une bougie au lieu de vouloir simplement fermer les yeux pour essayer de faire le vide. «Si la personne ne travaille pas du tout son corps ou sa respiration, elle peut prendre 5 minutes, voire 2 minutes pour se poser devant une bougie, parce que ça permet d'avoir un point de centration.»

5. Bâiller plusieurs fois par jour peut aider à se sentir mieux.

Tharakorn / Getty Images

Bâiller n'est pas un acte si futile que cela. C'est même recommandé pour avoir une bonne santé, dit Raphaëlle Giacomini-Agostini qui conseille fréquemment à ses patients de le faire.

«On oublie de bâiller parce qu'en société, il faut se cacher c'est pour ça qu'on met la main devant sa bouche. Mais bâiller permet de détendre le diaphragme, oxygéner le corps, et il en a besoin. Et puis ça fait bouger beaucoup de choses au niveau de la musculature, le bâillement étire les muscles sans qu'on ne s'en rende forcément compte, ça a un effet de détente.»

6. Pour celles et ceux qui ont des douleurs physiques, penser au yoga.

Blyjak / Getty Images / Via Thinkstock

Dans des situations aussi dramatiques, il est souvent recommandé en premier lieu de voir des praticiens qui nous aideront à dénouer ce qui se passe dans nos têtes. Et s'écouter et être écouté est primordial comme on l'a expliqué plus haut. Mais vous ressentez peut-être aussi des gênes physiques inhabituelles?

C'est parce que «ce n'est pas juste la tête qui souffre», explique Raphaëlle Giacomini-Agostini.

«Certains ne comprennent pas trop ce qui se passe dans leur corps, ils peuvent avoir des nausées et être écœurés des événements. Le yoga, c'est pratiquer la partie physique, dénouer les nœuds et les résistances pour mieux respirer dans quelque chose d'étroit et compliqué», dit-elle.

«Il faut rassembler tout cela, permettre aux personnes sujettes à ces problèmes physiques de reprendre contact avec la chair et leur corps, bref avec ce que l'on est.»

7. Aller voir un thérapeute.

Pogonici / Getty / Via Thinkstock

La parole libère déjà beaucoup lorsque les gens se parlent entre eux, mais le fait de voir un thérapeute met une autre distance. Un thérapeute est déjà en dehors de l'affect, contrairement aux échanges avec amis et famille. Dans un cabinet, on entre en territoire neutre, ce qui peut permettre de mettre les choses en perspective.

Pour la psychothérapeute Florence Beuken, «l'événement de vendredi est quelque chose de trop gros pour que le cerveau puisse le gérer seul, ce qui donne lieu au stress post-traumatique chez certains. Il convient donc d'aider la personne à en faire un "simple souvenir", qui ne soit en tout cas plus handicapant.»

Elle liste de nombreux types d'aides: les thérapies cognitivo-comportementales, qui vont travailler sur le fait d'affronter ses peurs. Comme «petit à petit, reprendre l'habitude qu'on avait de passer devant cette salle de concert sans être complètement envahi par l'angoisse et les émotions.»

«Bien sûr, il est nécessaire de le faire en étant accompagné, car dire les choses c'est aussi en prendre conscience, les rendre réelles, et ça peut être difficile, comme si on les vivait une deuxième fois.»

Suivez-nous sur Facebook et Twitter!

Assma Maad est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Assma Maad at assma.maad@buzzfeed.com.

Got a confidential tip? Submit it here.