back to top

10 choses à savoir sur la pilule du lendemain et vos droits

Entre les idées reçues et les fausses informations qui circulent, on vous explique tout ce qu'il faut savoir sur les contraceptions d'urgence qui existent en France aujourd'hui.

Publié le

Plusieurs femmes ont témoigné ces derniers jours dans les médias ou sur les réseaux sociaux que des pharmaciens avaient refusé de leur délivrer la pilule du lendemain.

Karim, pharmacien en région parisienne, a ensuite publié sur Twitter un tutoriel pour expliquer aux personnes comment réagir lorsqu'un ou une pharmacien-ne refuse de délivrer une contraception d'urgence (CU) sans raison valable.

Nous en avons profité pour lui demander de nous expliquer un peu plus en détail ce qu'il faut savoir sur les contraceptions d'urgence.

Publicité

On appelle communément les contraceptions d'urgence «pilule du lendemain», ou du «surlendemain», mais à tort, explique Karim, qui conseille d'éviter ces termes parce que «ça laisse à penser qu’on ne peut que l’utiliser le lendemain alors que la contraception d’urgence pour les médicaments peut aller jusqu’à 5 jours» (on n'a également pas besoin d'attendre le lendemain pour prendre une contraception d'urgence après un rapport non protégé).

Il précise que plus on attend, plus les chances d'éviter une grossesse non désirée diminuent.

- La contraception d’urgence hormonale est un comprimé unique qu'il faut prendre le plus tôt possible. Il existe deux types de pilules: celle au lévonorgestrel (Norlevo) qu'il est possible de prendre jusqu'à 72 heures après un rapport, soit 3 jours. Et celle à l'ulipristal acétate (Ellaone) qu'il est possible de prendre jusqu'a 120 heures après, soit 5 jours.

- Le dispositif intra-utérin (DIU) en cuivre, plus connu sous le nom de stérilet, est un moyen de contraception régulier mais qui peut être également utilisé comme contraception d'urgence. «Dans ce cas-là, il faut prendre contact en urgence avec un-e sage-femme, un-e gynécologue ou un-e médecin généraliste [pour que la pose ait lieu] dans les 5 jours après le rapport à risque», explique Karim. «Le stérilet, dont le nom laisse penser à tort que cela rend stérile, est le meilleur moyen contraceptif d'urgence, c'est le plus efficace.»

Comptez environ 7 euros pour la pilule au lévonorgestrel (à prendre dans les 3 jours) et environ 18 euros pour celle à l’ulipristal acétate (à prendre dans les 5 jours). Le DIU en cuivre coûte, lui, environ 30 euros. Mais dans tous les cas, pilules et DIU sont remboursés à hauteur de 65% par l'Assurance Maladie, vous ne paierez donc pas la totalité des prix indiqués au-dessus.

Publicité

Hommes et femmes, mineurs comme majeurs, peuvent acheter des contraceptifs d'urgence. Ils sont vendus en pharmacie, au Planning familial. On peut également en trouver dans les collèges où ce sont les infirmier-ères qui en délivrent anonymement et gratuitement aux élèves.

Le/la pharmacien-ne n'a pas le droit de demander de pièce d'identité pour délivrer pilule ou stérilet. Les pilules ne nécessitent pas d'ordonnance au préalable, le stérilet, si.

À noter qu'il peut arriver que votre médecin ou gynécologue vous prescrive une pilule lors d’une consultation médicale afin de vous en donner une en avance.

Publicité

La loi de référence est celle du 13 décembre 2000 relative à la contraception d'urgence.

L'article 1er dit notamment que: «Les médicaments ayant pour but la contraception d'urgence et non susceptibles de présenter un danger pour la santé dans les conditions normales d'emploi ne sont pas soumis à prescription obligatoire.»

Si vous êtes une personne mineure et que vous avez besoin d'une contraception d'urgence, elle est gratuite.

Le ou la pharmacien-ne n'a pas le droit de demander une preuve d'âge. «Il ou elle peut à la rigueur demander la date de naissance mais pas plus», explique Karim, mais «n’a pas le droit de demander un justificatif, ni carte d'identité, ni carte vitale».

Pour les mineures qui ont besoin de l'anonymat et de la gratuité, il faut un entretien confidentiel. «Quand une mineure vient, elle s'installe dans un espace de confidentialité (pas au comptoir devant tous les patients) afin que le/la pharmacien-ne puisse juger de l’urgence. Par exemple si le rapport a eu lieu depuis plus de 7 jours, ça ne sert à rien de remettre cette pilule; la personne sera informée sur les risques d’IST et sur le fait que ce n’est pas un moyen de contraception efficace», ajoute-t-il.

En revanche, si la personne vient chercher un contraceptif d'urgence à l’avance, ce n’est plus un cas d’urgence et là elle devra la payer.

Halte aux idées reçues. La contraception d’urgence n’est pas dangereuse, elle ne rend pas stérile et peut être prise chaque fois qu’il y a un risque de grossesse non prévue, même si elle peut parfois perturber le cycle. Elle peut être moins efficace en cas de prise répétée.

«Les effets indésirables sont très peu nombreux, sont "bénins" et disparaissent dans les 48 heures. Elle est moins dangereuse que d’autres médicaments délivrés sans ordonnance», explique Karim. «Mais il y a toujours un risque qui peut arriver de manière assez rare, chez certains types de patients comme ceux qui ont un problème hépatique grave. Et dans ce cas-là, ça peut ne pas être recommandé mais ce n’est pas contre-indiqué. La contre-indication ne vaut que si vous êtes allergique aux composants du médicament. Rien d'autre.»

Si l'on vous refuse une contraception d'urgence sans raison médicale, sachez que c’est une faute, et que le pharmacien ou la pharmacienne s’expose à plusieurs types de sanctions. Comme «une sanction pénale puisque c’est un refus de vente comme n’importe quel autre commerçant», explique Karim. «Il s’expose aussi à une sanction disciplinaire auprès de l’Ordre des pharmaciens, et à une inspection de la part de l’ARS (agence régionale de santé).»

Cependant, si le rapport à risque est très éloigné, le/la pharmacien-ne a le droit de ne pas vous délivrer la contraception d'urgence puisqu'elle ne sert à rien. De même, lorsque les antécédents médicaux représentent une contre-indication à la CU, le/la pharmacien-ne peut refuser de dispenser un médicament dans l'interêt du patient.

Voici ce que Karim conseille:

1. Essayez de rester courtois-e et poli-e. «Puis, il faut rappeler vos droits et donc rappeler que c’est un médicament sans ordonnance et que le refuser sans raisons médicales est un refus de vente et qu'il peut faire l'objet d'une sanction disciplinaire.»

2. «Si malgré ça, le/la pharmacien-ne ne veut pas entendre raison, faites constater par les témoins le refus de vente et prenez les coordonnées de ces témoins.»

3. «Trouvez d'abord une officine qui va vendre le médicament, car les contraceptifs sont plus efficaces lorsqu'ils sont pris rapidement. Ensuite, vous pouvez écrire un courrier au procureur de la République, pour l’informer du refus de vente en communiquant le nombre de témoins et en rappelant les faits.»

4. «Envoyez le même courrier à l’Ordre des pharmaciens en demandant expressément une action disciplinaire.»

5. «Vous pouvez aussi signaler ces faits à votre ARS (agence régionale de santé) qui dispose de pharmaciens secteurs, et qui jugera de l’utilité ou non d‘envoyer une inspection auprès du/de la pharmacien-ne en tort.»

6. «Vous pouvez également envoyer une copie des courriers au Planning familial qui n’hésite pas à se saisir des cas et à faire des testing auprès des pharmaciens pour évaluer la difficulté d’accès à la contraception d'urgence auprès des pharmaciens.»

7. «Enfin, si vous êtes une personne mineure et que vous pouvez impliquer vos parents et perdre votre anonymat, vous pouvez contacter le Défenseur des droits qui vous aidera dans ce type de procédure.»

Assma Maad est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Assma Maad at assma.maad@buzzfeed.com.

Got a confidential tip? Submit it here.

Sponsorisé