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May 19, 2014

Comment Faire Une Bonne Pochette D’album De Rap Français ?

On ne juge pas un roman à sa 4ème de couverture, un imam à sa barbe, ou un film à sa bande-annonce. Et pourtant, un visuel solide et une imagerie travaillée peuvent apporter beaucoup à un simple disque. Voici une liste des choses à faire et à ne pas… 1. UTILISER LES BONNES RÉFÉRENCES L’une des caractéristiques d’un bon rappeur est la richesse de son univers, et par conséquent son habileté à utiliser des références aussi nombreuses que judicieuses (cinéma, séries TV, littérature -bon, OK, mangas et bande-dessinées). Mais trop nombreux sont ceux qui ne prennent pas la peine de transposer la richesse de leur univers dans la partie visuelle de leur travail. Entre clips fadasses et pochettes convenues, on tombe au mieux dans l’insipide, au pire dans le stéréotypé. Messieurs, assumez vos références jusqu’au bout. Le bon exemple : ALPHA 5.20 – Scarface d’Afrique Chemise blanche, grand sourire,  gun sur la tempe droite… La pochette de Scarface d’Afrique est la copie quasi-conforme de l’affiche de Sonatine, pièce maitresse de la filmographie de Takeshi Kitano. Ce sourire face à la faucheuse, c’est l’illustration parfaite du sous-titre de l’album : « La mort avant le déshonneur ». Parti de rien, Alpha a eu une carrière fabuleuse, loin des circuits classiques de l’industrie du disque. Respecté dans le milieu du rap, écouté dans la rue, prospère dans ses affaires, il n’a rien à regretter, et accueillera sa fin sans rechigner. Coup-double pour le dernier album de la carrière d’Alpha 5.20 : non seulement le CD est considéré comme l’un des derniers grands classiques du rap français, mais en plus, la pochette marque les esprits, au point qu’elle est aujourd’hui considérée par beaucoup comme la plus réussie de l’histoire du hip-hop hexagonal. Le contre-exemple : DOK BUNDI – Mysogine Détournement grossier de l’affiche d’Usual Suspects, la cover de Mysogine est la démonstration parfaite de tout ce qu’il ne faut pas faire. Pêle-mêle : la faute d’orthographe dans le titre (!), les éléments graphiques ajoutés sur Paint, les clichés qui ne sont même pas drôles…  Pourtant, l’idée de base n’est pas mauvaise, l’affiche d’Usual Suspects ayant déjà été détournée des dizaines de fois avec des résultats bien moins pires : Young Money, 5th Ward Boyz ET MÊME Muslim United. 2. BOUSCULER LES CODES, ALLER LÀ OÙ PERSONNE N'EST JAMAIS ALLÉ Reprendre une affiche et la détourner, c’est très bien. Mais avoir une idée véritablement originale et oser l'appliquer est un cas plus rare. Dans la musique, et dans le rap français particulièrement, on a cette tendance à mettre un frein dès qu’on sort un peu des sentiers battus. Souvenez-vous des débuts de l’autotune, ou de l’arrivée du dirty, ou même des premières sonorités West Coast : le mot d’ordre était « non, il ne faut pas, ça n’existait pas il y a quinze ans, c’est mal ! ». Même rengaine quand on s’intéresse aux pochettes : ne soyons surtout pas originaux ! Résultat : un conformisme presque nazi, et des rayons où 90 % des disques ont la même gueule. Les bons exemples : NTM – J’appuie sur la gachette Aujourd’hui, s’étonner de voir un gun sur une pochette d’album rap, ce serait comme s’étonner de voir un gros cul dans un clip. Mais en 1993, à une époque où le rap était encore considéré comme la seule forme d’expression accessible aux sauvageons peuplant les banlieues, débarquer avec une pochette d’album représentant un chrome et une douille n’était peut-être pas l’idée la plus conformiste du monde. Pourtant, loin de faire l’apologie de la violence et des armes, le titre « J’appuie sur la gachette », qui donne son nom à l’album, traite du suicide. Contacté à ce sujet, Seb Janiak, le photographe, nous a raconté ceci : « L’idée vient de moi, j’avais fais un petit croquis pour leur vendre le principe du reflet et de la composition flingue/reflet. Ensuite, Seb Farran (nldr : manager de NTM) m’avait trouvé un faux flingue … ou peut-être un vrai, je me souviens plus, que j’avais posé sur le bitume, dans la rue, au milieu d’une flaque d’eau pour avoir le reflet du groupe… La teinte bleue a d’ailleurs été gardée pour le clip, qu’on a fait juste après, et que j’ai réalisé. » SALIF – Tous ensemble, chacun pour soi Salif, l’homme libre, n’a jamais rien fait comme les autres. Entre orientations musicales surprenantes (cette envie soudaine de se mettre aux sonorités rock) et discours à l’opposé du consensus (« téléchargez mon album », à une époque où les rappeurs signaient encore des pétitions contre le téléchargement illégal), l’ex-Fon a choisi de se démarquer dès sa première galette. Lui, le rappeur accroché à la rue comme une moule à son rocher, pose falzar baissé, vynile de Soul Mann & The Brothers dans les mains, le cul posé sur les latrines. Une autre interprétation du fameux « trône » du rap-game.

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