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25 personnes racontent ce qui leur a permis d'aimer leur corps

«En me confrontant aux corps des autres à la piscine ou lors de cours de yoga, j’ai réalisé à quel point le "corps parfait" est illusoire.»

Publié le

On a demandé aux membres de la communauté BuzzFeed ce qui les a aidés à aimer ou à accepter leur corps ou physique. Voilà certaines de leurs réponses:

1. «La série My Mad Fat Diary»

E4

La série My Mad Fat Diary a été une véritable catharsis. J'ai beaucoup pleuré devant, à plusieurs reprises, parce que ça a réveillé des choses que j'avais enfouies en moi depuis le collège. Une fois que j'ai eu fini de regarder, je me suis sentie beaucoup mieux.

Anonyme

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2. «Se regarder»

Se regarder longuement dans le miroir, en regardant chaque détail, un œil, puis l'autre, le ventre et se dire qu'on n'a pas tant de bourrelets que ça, le nez, les bras et surtout les mains, les doigts, les ongles... même les pieds, tout. Et faire semblant de s'aimer et d'être prétentieux ça aide, parce qu'au bout d'un moment on s'aime vraiment. Regarder son reflet sans maquillage, sans lunettes, nu pour certains. Et puis porter des vêtements qu'on aime, c'est important.

Anonyme

3. «Me tenir droite»

M-imagephotography / Getty Images

À partir du moment ou j'ai décidé de me tenir droite, de toujours me redresser, mettre mes épaules en arrière et bomber la poitirine fièrement.

Marie-Lou

4. «Les coups d'un soir»

Quand j'étais ado, je me trouvais très intelligente, mais bof physiquement, et je pensais que si un jour quelqu'un tombait amoureux de moi, ce serait avant tout pour «ma personnalité». Puis au lycée, j'ai commencé à sortir en boîte et à draguer / être draguée par des inconnus. J'ai découvert les jeux de séduction dans les bars, les rencontres furtives basées principalement sur l'attirance physique, puis, lorsque l'âge est venu, les coups d'un soir. Et la puissance qu'ils pouvaient m'apporter.

Parler à un inconnu et savoir au bout de 20 minutes que, si je le voulais, il pouvait finir dans mon lit me procurait un rush incroyable. J'ai découvert que mon corps et mon visage pouvaient être immédiatement désirables, susciter une envie détachée de considérations intellectuelles ou de liens affectifs. Un désir pur, et purement physique. Lorsque j'ai réalisé que mon corps avait ce pouvoir sur les autres, j'en ai tiré une fierté et une confiance incroyables. Ce qui a créé un cercle vertueux, car plus j'avais confiance en moi, plus je voyais que cela attirait (ça en rebute aussi certains, mais je les emmerde). Même s'il y a des moments où ma confiance en moi s'effondre et où j'aimerais pouvoir être invisible, j'ai appris que je pouvais être autre chose que «marrante» ou «sympa»: je pouvais être belle. Parallèlement, j'ai arrêté de penser que «ma personnalité» était absolument parfaite, et je travaille comme je peux à l'améliorer.

Anaïs

5. «On m’a circoncis»

J'avais 16 ans et on m'a circoncis tardivement parce que j'avais un phimosis. En gros, mon prépuce ne se rétractait pas normalement. J'ai été opéré pendant les vacances d'été, ce qui a eu une première conséquence: j'ai dû parler de mon pénis à tous mes amis pour leur expliquer pourquoi je ne pourrais pas venir à telle soirée ou ce que je faisais pour les vacances. Ça m'a déjà décomplexé par rapport au fait de parler de mon corps, ce qui n'est pas quelque chose d'évident pour un mec, avec d'autres mecs ou même des filles.

Le lendemain, j'ai la visite de contrôle de la cicatrisation. Je suis avec l'infirmière, en attendant que le chirurgien revienne. L'infirmière enlève mon pansement, fixe du regard ma bite qui est ensanglantée et cernée de point de sutures. Elle s'écrie: «Oh, c'est magnifique!» Je savais qu'elle parlait de la cicatrice en tant que professionnelle, mais ça m'a vraiment décoincé par rapport à mon pénis -qui est en général la première source de complexe pour un mec- et par rapport au reste aussi.

Anonyme

6. «J'ai rencontré une fille qui s'assumait totalement»

Unsplash / Via unsplash.com

Ça paraît un peu étrange mais c'est le regard des autres qui m'a aidée. J'ai rencontré une fille qui s'assumait totalement, qui est devenue par la suite une très bonne amie. En sortant avec (boîte, etc.), je me suis rendue compte que j'étais belle aussi car nous attirions les regards à nous deux. Je n'avais eu qu'un seul partenaire dans ma vie et découvrir que je plaisais à d'autres hommes et qu'on me trouvait belle m'a beaucoup libérée.

Anonyme

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7. «Je me suis rendue compte que tout ce que je détestais chez moi ne rentrait en fait pas dans les normes de beauté occidentales et blanches»

J'ai toujours détesté ce à quoi je ressemblais. À l'âge de 18 ans je me suis rapproché, grâce à des ami-e-s sur Facebook, de mouvements féministes et plus particulièrement afro-féministes. Depuis, je me suis rendue compte que tout ce que je détestais chez moi ne rentrait en fait pas dans les normes de beauté occidentales et blanches. Mon nez, ma bouche, mes fesses, et mon plus gros complexe jusqu'ici, mes cheveux. Trèèèèès crépus.

J'ai accepté au fil du temps grâce à plein de ressources sur internet que je demeure ce que je suis, même en me détestant, et qu'il était donc préférable d'apprécier le corps que mes gènes avaient construit. Après avoir passé toute mon adolescence à les cacher autant que je pouvais avec plein de coiffures différentes (pour ne pas être vue comme une bête curieuse par mes camarades notamment), mais encore trop loin du cheveux lisse et long naturel, j'ai appris grâce à des youtubeuses beauté afro (oui oui) à m'en occuper.

Il y a également le mouvement afro punk qui célèbre la beauté de ces cheveux que j'ai tant détestés, qui m'a montré à quel point ils sont cool et versatiles. (Tu peux ranger des stylos dans un afro, c'est plutôt stylé). En bref ce qui m'a aidé à accepter mon corps, ce sont certains coins cool d'internet!

Elsa

8. «J'ai arrêté de m'épiler»

Instagram: @happilyhirsute

J'ai arrêté de m'épiler. J'ai appris à m'accepter comme j'étais, mon copain m'aime comme ça, et les gens ne font pas de remarques. Il n'y a pas de raison pour que les femmes soient obligées de retirer des poils qui poussent sur leur corps alors que c'est une partie d'elles. Ce n'est pas sale, ce qui est sale c'est de ne pas se laver! J'ai ré-appris à m'aimer, et je sais à quoi je ressemble au naturel. L'épilation coûte de l'argent, du temps et j'ai d'autres choses plus constructives à faire!

Anonyme

9. «Un changement de situation professionnelle et une relocalisation géographique»

Ce qui m'a aidée à aimer mon corps a été de le changer, de le faire atteindre une forme qui me convenait à peu près. Pendant la plus grande partie de mon enfance, adolescence et vie de jeune adulte, je n'ai jamais aimé mon corps. Je l'ai toujours trouvé trop gros, et beaucoup de gens me faisaient comprendre avec plus ou moins de bienveillance que je ne me trompais pas, des médecins plein de bons sentiments aux camarades de classe avec leurs remarques cruelles et mesquines.

Mais ce n'est pas vraiment le regard des autres ni les remarques des médecins qui m'ont incitée à changer. Je suis arrivée au bout de ce que je pouvais supporter de tristesse et de haine de mon corps: j'arrivais à peine à continuer à avancer avec ce boulet que représentait mon corps. Un changement de situation professionnelle et une relocalisation géographique m'ont incitée à prendre mon corps en main, à le faire bouger et à le nourrir correctement. C'est essentiellement le fait de faire du sport qui m'a permis de me familiariser avec mon corps, qui est devenu un allié plus qu'un ennemi encombrant. Avec quelques efforts, j'ai découvert que mon corps était capable de bien plus que ce que je pensais possible.

En me confrontant aux corps des autres à la piscine ou lors de cours de yoga, j'ai réalisé à quel point le «corps parfait» est illusoire: même les corps les plus minces ont des défauts une fois en sous-vêtements. Le corps parfait est celui qui n'est plus un obstacle et me permet de faire ce que je veux. Après un parcours d'un peu plus d'un an de «remise en forme» à base de sport et de nourriture saine, mon corps a atteint une forme qui me plait. Je pourrais encore perdre quelques kilos mais le jeu n'en vaut pas la chandelle: je suis satisfaite de mon reflet dans le miroir avec le niveau actuel d'attention que je porte à mon mode de vie. Je suis prête à accepter ces quelques kilos en trop pour profiter d'une sortie restaurant ou d'une tarte au citron meringuée de temps en temps.

Alice

10. «Voyager seule»

Steven Lewis / Via images.unsplash.com

Voyager, et surtout voyager seule. Je ne me sens jamais aussi belle que quand je cours entre deux trains avec mon sac à dos, ou quand je marche tout au long d'une ville. Je me sens utile, comme si j'étais en train d'utiliser mon corps parfaitement. Quand je dois parcourir une ville où je ne parle pas la langue, ou monter des milliers d'escaliers dans un monument historique, ou quoi que ce soit, toute seule, je me fous de combien je pèse. Mon corps est le mien, et c'est parfait.

Anonyme

11. «Le féminisme»

Le féminisme: j'avais beau être féministe et dire que chaque femme devrait s'aimer et aimer son corps, sans se préoccuper de canons de beauté (irréalisables), je n'appliquais pas ça à moi-même, me pesant cinq fois par jour et sautant des repas. En lisant plus (notamment The Beauty Myth de Naomi Wolf) j'ai décidé d'appliquer ce que je disais. Je ne me suis pas pesée depuis cinq mois et j'en suis bien plus heureuse.

Anonyme

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13. «J'ai décidé de grossir»

Petite, j'étais très ronde et complexée, mais ça ne me dérangeait pas énormément. J'assumais mon corps et vivais avec mes petites rondeurs... Un jour, comme par magie, je me suis mise à beaucoup maigrir. Beaucoup trop même... À l'âge de 13 ans, je n'avais presque plus de formes. J'ai décidé de grossir cette année et j'ai réussi à prendre du poids. Quant à mes formes, je me suis mise au sport et fais des exercices pour muscler mes fessiers.

Anonyme

14. «Le fait de ne plus me peser»

Instagram: @pesekgp

J'ai pris beaucoup de poids au collège et je suis devenue rapidement bouboule, alors qu'étant petite j'étais plutôt fine. J'ai eu beaucoup de mal à supporter ce passage parce que je ne comprenais pas ce qui m'arrivait et mon corps en a été beaucoup marqué (vergetures, etc.). J'ai eu du mal à réaliser que je n'étais plus un poids plume et comme bien souvent, c'est le regard des autres qui m'a fait comprendre que j'étais différente et moins jolie. J'ai commencé à me détester, à ne porter que des choses amples pour me cacher, j'avais honte de moi, et je ne suis pas allée à la plage pendant longtemps. Même si la plage reste une épreuve, je vais mieux avec mon corps. Ce qui m'a aidé, je pense, c'est le fait de ne plus me peser et de me regarder dans la glace. Je faisais attention à mon alimentation mais je ne constatais que les résultats visibles (souvent que par moi), et cela m'a amené à toucher ma peau, mes vergetures et à apprécier leurs reliefs. Grâce à cela, je vais mieux.

Anonyme

16. «Mon petit ami et ma sœur»

Mon petit ami, qui me dit toujours que je suis belle, et qui me demande des photos de moi quotidiennes (nous habitons dans des villes différentes). Quand nous nous sommes mis ensemble, je détestais mes jambes, et un peu mon corps en général, mais après deux ans à l'entendre me dire chaque jour qu'il les adorait, j'ai commencé à les adorer aussi. En outre, ma sœur, qui est plus jeune, est tellement plus à l'aise que moi avec son corps, et c'est une inspiration pour moi.

Anonyme

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17. «J'ai commencé à prendre des photos de moi»

Stockbyte / Getty Images

J'étais dans une relation longue distance, et j'ai commencé à prendre des photos de moi dans des tenues légères et sexy pour les envoyer à mon petit ami. Je pouvais passer des heures à trouver la bonne position, le bon éclairage, le bon angle, puis à minutieusement retoucher toutes les «imperfections», et forcer sur le grain et les filtres pour masquer les poils de mes jambes (bah oui, j'avais la flemme de m'épiler). Évidemment, après tant d'efforts, les photos étaient canon. Et même si je les envoyais à mon mec, qui, je n'en doute pas, les a fortement appréciées, il m'arrivait aussi de les regarder. Quand j'avais une baisse de moral ou que je me sentais moche, il me suffisait de chercher dans mes archives et voir cette version supérieure et sublime de moi-même pour me sentir pleine de confiance.

Malheureusement, après le Jennifer Lawrence-gate, j'ai effacé les photos (lol). Ce mec et moi ne sommes plus ensemble, mais ces images que j'avais au départ prises pour son plaisir à lui, m'ont permis de développer une autre relation, avec mon propre corps: désormais, tous les deux, on s'aime et on se fait confiance.

Anaïs

18. «J'ai compris que mon physique n'était pas important pour mon entourage»

Pour ma part, j'étais complexée par mon corps, je me trouvais grosse des cuisses, j'ai les coudes qui s'arquent vers l'extérieur, j'ai un visage peu féminin et des cheveux hyper fins, gras, bref on peut rien faire avec. J'ai réussi à m'accepter quand j'ai remarqué et compris que mon physique n'était pas important pour mon entourage. À partir de là, j'ai eu une sorte d'illumination et depuis, mon corps et moi on s'aime.

Anonyme

19. «Me customiser au maximum»

Instagram: @liannebrickell

Ayant un physique un peu atypique, et très différent de ce que l'on voyait à la télé en grandissant (le modèle ultra mince et bronzé des années 2000, alors que j'étais moi-même très pâle avec hanches, fesses et seins à gogo) je n'étais pas ultra fière de mon corps quand j'étais plus jeune. J'ai du coup d'abord eu tendance à rejeter ma féminité en bloc et à m'habiller comme un garçon en baggy/t-shirt.

Puis, en grandissant, ce qui je pense m'a vraiment aidé à me trouver bien physiquement a été de trouver mon propre style, d'être originale et excentrique. De me customiser au maximum. Mon physique n'allait pas avec les codes de l'époque, je ne les respecterais pas non plus. Je me suis fait des piercings, me teignait les cheveux de toutes les couleurs et portait toujours des vêtements qui reflétaient mes goûts et ma personnalité tout en s'inspirant de modes d'autres époques où mes critères physiques étaient plus dans les canons de beauté.

Anonyme

20. «Le jour où je me suis décidée à porter une robe»

Creatas / Getty Images

Quand j'ai découvert les robes et les jupes. Jusqu'à la fac, je n'ai porté que des pantalons, je ne sais pas vraiment pourquoi. Et le jour où je me suis décidée à porter une robe (je me souviens elle était à manches courtes, noire, un peu type robe boule, avec une ceinture et je l'avais achetée sur un coup de tête chez H&M) là ça a été un déclic. Je me suis sentie libre, libérée, plus libre de porter des jupes courtes, avec des collants par exemple, à accepter mes formes. Depuis, je ne porte presque que ça, des jupes ou des robes. Je ne me sens prisonnière de rien, mais libre de tout :)

Assma

21. «Ma mère»

Je pense honnêtement que ma mère a été l'élément le plus important dans la formation de ma confiance en moi. D'abord, parce qu'elle m'a toujours dit que j'étais magnifique, même quand j'étais objectivement plutôt moche. Quand des camarades de classe se moquaient de moi au collège, elle me disait qu'ils étaient jaloux ou qu'ils n'avaient pas encore des goûts assez raffinés pour apprécier mon physique. J'ai fini par la croire, et j'ai développé une confiance en moi à toute épreuve. Savoir si c'était vrai ou non importe peu, puisque l'essentiel est d'avoir confiance en soi.

Je pense aussi que souvent la façon dont une mère perçoit son propre physique peut avoir des répercutions sur la façon dont sa fille va se percevoir. Je n'ai jamais entendu ma mère dénigrer son physique, bien au contraire. Je pense que sa confiance en elle, et son absence de complexes (en tous cas de complexes qu'elle exprimait à voix haute) a eu un impact très positif sur moi et m'a permis d'avoir peu de complexes moi-même.

Anonyme

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22. «Je me suis mis à la musculation»

Instagram: @dennis

J'ai arrêté les boissons sucrées, ce qui m'a fait perdre du poids, puis j'ai changé de coupe de cheveux et me suis récemment mis à la musculation. Le dernier point est, je pense, ce qui permet de prendre le plus confiance en soi.

Sisco

23. «Je me suis mise à courir»

Scott Web / Via images.unsplash.com

Je me suis mise au sport! Je détestais ça depuis toute petite, les cours d'EPS au collège et au lycée étaient mes pires heures de la semaine. Et puis une fois à la fac je me suis mise à courir, d'abord pas beaucoup puis de plus en plus à chaque session. J'ai également commencé le fitness au même moment et changé mon régime alimentaire. J'ai commencé à me sentir bien mieux mentalement, à aimer mon corps et je me suis découvert une nouvelle passion! On apprend à aimer son corps pour ce qu'il est capable de faire et non pour ce à quoi il ressemble.

Justine

24. «J'ai appris à aimer mon corps grâce à un homme que j'ai connu»

Dans une société où la femme doit avoir un visage sans imperfections et un corps mince et tonique, j'ai appris à aimer mon corps grâce à un homme que j'ai connu. J'ai compris à ce moment que ce sont justement mes taches de rousseur, mes poignées d'amour et mes hanches larges qui me rendaient uniques. C'est l'amour d'une personne pour mes imperfections qui m'ont fait aimer ce que je suis et qui m'ont fait comprendre que chercher à être physiquement «parfaite» me rendait malheureuse.

Anonyme

26. «Je me suis trouvé des icônes»

Je suis une fille. Une fille, si l'on se réfère aux éminents canons de l'harmonie du visage glanés çà et là sur le web, se doit d'avoir un joli petit nez. Retroussé au mieux, bien droit au pire. Oui, sauf que non. Parce que chez moi, depuis l'adolescence, le tarin est long, gros, légèrement bossu. Le pif à papa, l'appendice du diable, les narines comme Lascaux I et Lascaux II.

Puisque je gagnais à l'époque 20 euros par mois que me filait ma mère et que dans ma famille, «esthétique» était un gros mot, j'ai vite rayé de la liste des possibles le nirvana de la rhinoplastie.

Après plusieurs années de tribulations adolescentes dans les marécages de la haine de soi, j'ai opté un beau jour pour une stratégie diamétralement opposée: j'ai décidé de me lancer à la conquête de mon pif. À la conquête, oui, comme un chevalier de la Table Ronde. Ça a l'air débile, dit comme ça. Mais quand on transforme son pire cauchemar en objet sacré, intouchable... eh bien on met un peu de magie dans ce monde de merde, mine de rien.

L'objectif, c'était de faire plier cette saloperie de complexe face à la grandeur et la majesté de mon nez. Alors j'ai commencé par me créer une mythologie à moi toute seule, une mythologie de toutes les fois où mon nez avait été un sujet de conversation, avec mes amis, ma famille, mes copains, des inconnus. Je me suis rappelé de tout: le lieu, l'heure, l'interlocuteur et même les dialogues dans leurs moindres détails. Ces souvenirs au départ si douloureux, je les ai ressassés et ressassés. Je les ai transpercés, mordus, embrassés, frappés, aimés, détestés, au point qu'ils ont fini par devenir une bouillie impérissable et inoffensive. Des souvenirs domptés, en somme. Histoire de les emporter dans la tombe -ou dans le four crématoire, on verra- comme un coffret à bijoux et non plus comme un fardeau. Prends ça, le complexe!

Ensuite, je me suis trouvé des icônes. J'ai dressé dans ma tête une liste encyclopédique d'hommes et de femmes célèbres aux nez «atypiques», «remarquables» et simplement «immenses». Au fur et à mesure, ces gens sont devenus mes compagnons de route, des figures aussi familières que disparates toutes reliées par un fil que je suis la seule à voir.

Armée de pied en cap contre les dragons du complexe, fièrement escortée par Cyrano, Barbara Streisand et les autres, j'ai enfin pu commencer le combat. Enfin, ce sale complexe me laissait tranquille un petit moment.

J'ai profité de cette période de grâce pour me lancer à la conquête de quelque chose d'encore plus grand: mon avenir, ma vie à moi. J'ai travaillé dur pour obtenir le boulot dont j'ai toujours rêvé, je me suis lancée à corps perdu dans de nouvelles passions, j'ai mis la barre toujours plus haut. Le «dark side» de mon nez s'est transformé en une vieille chimère, qui ne reparaît que de loin en loin, les jours de déprime et de mauvais temps. Si bien qu'aujourd'hui, quand je regarde mon nez sur une photo, je peux facilement analyser ce qui domine mes sentiments: j'en suis profondément fière.

Une Parisienne de 22 ans

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