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Jennifer Lawrence: «pourquoi je gagne moins que mes co-stars masculines?»

L'actrice a publié une lettre ouverte sur l'inégalité salariale à Hollywood.

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Dans un nouveau numéro de Lenny, la newsletter de Lena Dunham (auteure et créatrice de la série Girls), l'actrice Jennifer Lawrence a décidé de s'exprimer sur l'inégalité salariale à Hollywood.

L'année dernière, des emails piratés du studio Sony avaient révélé, entre autres, que l'actrice de Hunger Games et Happiness Therapy, pour lequel elle a remporté un Oscar, était moins bien payée que ses co-stars masculines.

Alors que Bradley Cooper, Jeremy Renner et Christian Bale avaient perçu 9% des bénéfices du film American Bluff, elle n'avait eu droit qu'à 7%, après négociations.

C'est donc sur cette affaire, et sur le problème de l'inégalité salariale à Hollywood plus généralement, que revient Jennifer Lawrence dans sa lettre. Elle explique qu'elle n'avait pas poussé les négociations par peur de passer pour une «pourrie-gâtée»:

«Quand j'ai appris à travers le hack de Sony à quel point j'étais moins bien payée que les gens chanceux dotés d'une bite, je n'étais pas en colère contre Sony. J'étais en colère contre moi-même. J'ai échoué en tant que négociatrice parce que j'ai abandonné trop tôt. Je ne voulais pas m'obstiner à me battre pour des millions de dollars dont, franchement, grâce à deux franchises, je n'ai pas besoin. [...]

Mais si je suis honnête avec moi-même, je mentirais en disant qu'il n'y a pas eu une certaine envie d'être appréciée, qui a influencé ma décision de clore les négociations sans vraiment me battre. Je ne voulais pas paraître "difficile" ou "pourrie-gâtée"».

Avec la franchise qu'on lui connaît, la star dit s'être rendue compte de la difficulté pour les femmes d'exprimer leur opinion à Hollywood, problème auquel beaucoup d'hommes ne sont pas confrontés:

«À l'époque, ça m'a semblé être une bonne idée, jusqu'à ce que je voie les salaires sur internet et que je me rende compte que chaque homme avec qui je travaillais ne se préoccupait certainement pas de paraître "difficile" ou "pourri-gâté". [...]

Je ne pense pas avoir jamais travaillé pour un homme avec un poste à responsabilités qui passait du temps à se demander de quelle façon il devrait présenter les choses pour qu'on l'écoute. On l'écoute, c'est tout.»

Jennifer Lawrence n'est pas la première actrice à s'exprimer sur l'inégalité salariale dans l'industrie du cinéma. Récompensée par l'Oscar 2015 du meilleur second rôle féminin, Patricia Arquette avait elle aussi prononcé un discours mémorable.

Elle avait déclaré: «À toutes les femmes qui ont donné la vie à tous les contribuables et les citoyens de cette nation, nous avons combattu pour l'égalité de tous. C'est le moment pour nous d'obtenir une fois pour toute l'égalité salariale, et l'égalité tout court pour les femmes américaines.»

vine.co

L'actrice conclut sa lettre par un exemple édifiant:

«[...] je n'avais pas complètement tort quand un autre email fuité, révélant qu'un producteur avait traité une autre actrice de "chieuse pourrie-gâtée". Bizarrement, je ne m'imagine pas quelqu'un dire ça d'un homme.»

Voici la version intégrale de sa lettre en Français (vous pouvez retrouver la version originale ici):

«Quand Lena m'a parlé pour la première fois de Lenny, j'étais enthousiaste. Enthousiaste à l'idée de parler à Lena, qui est un génie selon moi, et enthousiaste à l'idée de pouvoir me plaindre (ce n'est pas ce qu'elle m'a suggéré, c'est juste ce que je voulais faire). Sur le sujet du féminisme, j'ai été très discrète. Je n'aime pas rejoindre une conversation qui semble être "à la mode". Je suis même la connasse qui n'a rien fait pour le ice-bucket challenge – qui a pourtant sauvé des vies – parce que ça commençait à ressembler plus à une "tendance" qu'à une cause. J'aurais dû faire un chèque, mais j'ai oublié, ok? Je ne suis pas parfaite. Mais avec beaucoup de discussions, le changement devient possible, alors je veux être honnête et ouverte et, croisons les doigts, n'énerver personne.

C'est difficile pour moi de parler de mon expérience en tant que femme active parce que je sais que tout le monde ne peut pas s'identifier à mes problèmes. Quand j'ai appris à travers le hack de Sony à quel point j'étais moins bien payée que les gens chanceux dotés d'une bite, je n'étais pas en colère contre Sony. J'étais en colère contre moi-même. J'ai échoué en tant que négociatrice parce que j'ai abandonné trop tôt. Je ne voulais pas m'obstiner à me battre pour des millions de dollars dont, franchement, grâce à deux franchises, je n'ai pas besoin. (Je vous ai dit que ce n'étaient pas des problèmes très communs, ne me détestez pas).

Mais si je suis honnête avec moi-même, je mentirais en disant qu'il n'y a pas eu une certaine envie d'être appréciée qui a influencé ma décision de clore les négociations sans vraiment me battre. Je ne voulais pas paraître "difficile" ou "pourrie-gâtée". À l'époque, ça m'a semblé être une bonne idée, jusqu'à ce que je voie les salaires sur internet et que je me rende compte que chaque homme avec qui je travaillais ne s'était pas préoccupé de paraître "difficile" ou "pourri-gâté". C'est peut-être parce que je suis jeune. C'est peut-être une question de personnalité. Je suis sûre que c'est les deux. Mais c'est un élément de ma personnalité contre lequel je lutte depuis des années, et selon les statistiques, je ne pense pas être la seule femme à avoir ce problème. Somme-nous conditionnées socialement à nous comporter ainsi? Nous n'avons le droit de vote que depuis quoi, 90 ans? Je demande sérieusement – mon téléphone est sur le comptoir et je suis sur le canapé, donc un calcul est clairement hors de question. Aurions-nous gardé l'habitude persistante d'essayer d'exprimer nos opinions de façon à ce qu'elles n'"offensent" pas ou n'"effraient" pas les hommes?

Il y a quelques semaines au travail, je me suis exprimée et j'ai donné mon opinion de façon claire et directe; pas de manière agressive, juste franche. L'homme avec qui je travaillais (en fait, il travaillait pour moi) a dit, "Oh là! On fait tous partie de la même équipe ici!" Comme si je lui avais crié dessus. J'étais vraiment choquée parce que je n'avais rien dit de personnel, d'offensant, ou, franchement, de faux. Tous les jours, je vois et j'entends des hommes qui expriment leurs opinions, et quand j'ai exprimé la mienne exactement de la même façon, on aurait dit que j'avais dit quelque chose d'insultant.

J'en ai marre d'essayer de trouver une façon "mignonne" d'exprimer mon opinion et de rester sympathique! Je ne pense pas avoir jamais travaillé pour un homme avec un poste à responsabilités qui passait du temps à se demander de quelle façon il devrait présenter les choses pour qu'on l'écoute. On l'écoute, c'est tout. Jeremy Renner, Christian Bale, et Bradley Cooper se sont tous battus pour obtenir d'excellents contrats. Je suis même sûre qu'ils ont été loués pour s'être acharnés et avoir été stratégiques, pendant que j'avais peur de passer pour une chieuse et que je n'obtenais donc pas mon dû. Encore une fois, ceci n'a peut-être RIEN à voir avec mon vagin, mais je n'avais pas complètement tort quand un autre email a fuité, révélant qu'un producteur avait traité une autre actrice de "chieuse pourrie-gâtée". Bizarrement, je ne m'imagine pas quelqu'un dire ça d'un homme.»

Anaïs Bordages est en charge de la rubrique Buzz chez BuzzFeed France et travaille depuis Paris.

Contact Anais Bordages at anais.bordages@buzzfeed.com.

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