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14 choses qu'il faut arrêter de dire sur les troubles du comportement alimentaire

Non, ça ne se guérit pas juste en disant à la personne de manger.

Publié le

1. «Il/elle est anorexique»

Les Chatfield / Via Flickr: elsie

«On n'est pas anorexique, ce n'est pas une identité. C'est une pathologie; on souffre d'anorexie ou de boulimie», explique Astrid Brunswick, psychologue spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire à l'hôpital Sainte Anne à Paris.

2. «Il/elle n'est pas anorexique, il/elle n'est pas assez maigre»

unsplash.com

Une personne atteinte d'un trouble de l'alimentation n'est pas forcément maigre (et une personne maigre ne souffre pas forcément d'anorexie, d'ailleurs). «C'est une idée reçue qui est fausse», dit Astrid Brunswick. «Les gens peuvent avoir un poids normal et souffrir d'anorexie-boulimie, ou de boulimie sans qu'il y ait forcément des stratégies de contrôle du poids.»

Par ailleurs, même si on parle beaucoup de l'anorexie et de la boulimie, il existe d'autres troubles du comportement alimentaire tels que l'hyperphagie (le fait de manger des quantités trop importantes), qui peut entraîner une prise de poids, voire l'obésité.

3. «C'est une maladie de filles»

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Les troubles de l'alimentation sont souvent décrits comme exclusivement féminins. Et il est vrai que les femmes et les jeunes filles sont clairement les plus touchées, notamment par l'anorexie et la boulimie: parmi les patient-e-s, «il y a un homme pour dix femmes», nous dit Astrid Brunswick. Mais cela ne veut pas dire que les hommes ne peuvent pas souffrir eux aussi de troubles du comportement alimentaire. «C'est aujourd'hui plus reconnu qu'il y a aussi une anorexie masculine», confirme la psychologue.

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5. «C'est une maladie de blancs»

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Il existe peu d'études détaillant la couleur de peau des personnes atteintes d'un trouble de l'alimentation. Mais de plus en plus de voix s'élèvent, notamment aux États-unis, pour rappeler que les noir-e-s et métisses aussi sont touché-e-s par ce problème, bien que rarement mentionné-e-s dans les conversations sur l'anorexie-boulimie.

Comme l'écrivait Lola Adesioye dans le Guardian, «Pendant ce temps-là, les célébrités noires et latinas sont présentées comme étant pulpeuses et fières de leurs courbes. [...] La notion populaire est que les femmes de couleur n'ont pas de troubles du comportement alimentaire. Apparemment, on adore nos hanches, nos cuisses et nos fesses de manière inconditionnelle.»

6. «C'est juste une passade / c'est à la mode / c'est pour avoir de l'attention»

«Je n'ai pas mangé depuis trois semaines pour rentrer dans ma robe de mariée» / Via Fox

Dans la vie de tous les jours comme dans la culture populaire, il est fréquent d'entendre des blagues sur des filles qui se font vomir allègrement ou qui ne s'alimentent jamais pour pouvoir rentrer dans leurs fringues. Ce qui renforce l'idée que ces comportements ne sont pas nécessairement graves. Mais l'anorexie et la boulimie ne sont pas un hobby, ni une mode, ce sont des troubles mentaux sérieux qui doivent être traités par des professionnels.

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7. «Certaines filles ont envie d'être anorexiques»

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Un trouble du comportement alimentaire n'est pas non plus un choix. Depuis le début des années 2000, on a vu plusieurs sites «pro-ana» (pro-anorexique) se développer sur internet. Ces derniers, désormais punis par la loi en France, «mettaient en ligne des trucs et astuces pour aggraver les symptômes, pour perdre du poids plus facilement. Pour des personnes un peu vulnérables, en début de maladie, cela a pu aggraver la situation» explique Astrid Brunswick. Mais si ces sites et les gens qui les géraient présentaient l'anorexie comme un mode de vie choisi, Astrid Brunswick rappelle qu'il s'agit «d'une illusion. L'anorexie est une pathologie, il y a donc forcément une perte de contrôle.»

8. «Ce n'est pas très grave»

unsplash.com

L'anorexie est une des maladies mentales qui tue le plus –5 à 10% des patient-e-s en meurent selon Astrid Brunswick– à la fois parce qu'elle augmente le risque de suicide, mais aussi car certain-e-s patient-e-s meurent de malnutrition ou des carences liées aux vomissements.

9. «Il suffit qu'il/elle se remettre à manger»

Pavel Ignatov / Getty Images

De même qu'il ne sert à rien de dire à une personne dépressive de se forcer à être heureuse, un trouble du comportement alimentaire ne se guérit pas juste en disant à la personne de manger. «Ce qui est récurrent, c'est l'idée que ça serait une histoire de volonté, qu'il suffit de manger pour que la personne retrouve l'appétit ou reprenne du poids, explique Astrid Brunswick. C'est une idée reçue assez contre productive: cela engendre beaucoup de culpabilité chez les patientes, qui vivent déjà des ruminations très fortes. L'impossibilité de manger est liée au fait que c'est beaucoup trop angoissant pour elles.»

Pareil pour les patients qui souffrent d'hyperphagie, parfois atteints d'obésité: «il y a cette question de la volonté; s'ils pouvaient arrêter ils le feraient, mais ils ne sont pas du tout en capacité de se maîtriser.»

10. «C'est un truc d'ados»

Aleynikov / Getty Images

Encore une fois, il ne faut pas généraliser. Selon Astrid Brunswick, «le pic d'entrée dans la maladie se situe entre 14 et 18 ans, mais il y a aussi des anorexies précoces, des enfants de moins de 10 ans qui représentent 10% des patients, et aussi des anorexies tardives vers 25-35 ans. À Sainte-Anne, on a des patients de 18 à 65 ans»

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11. «Il/elle est mince et fait beaucoup de sport: il/elle est forcément en bonne santé»

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Non, faire du sport n'est pas forcément sain. Et l'excès d'exercice peut être un symptôme d'un trouble du comportement alimentaire. Cela se traduit par «non seulement une hyperactivité physique, c'est-à-dire que la personne fait beaucoup d'exercice, mais aussi l'impossibilité de ne pas le faire, c'est-à-dire que cela devient addictif, la personne est obligée de faire ça, sinon elle culpabilise et angoisse.» Or faire trop d'exercice peut s'avérer dangereux, surtout pour une personne qui ne s'alimente pas correctement.

12. «Mais il/elle adore la bouffe!»

E4

Une personne qui souffre d'anorexie peut détourner l'attention du problème pour ne pas alarmer ses proches, par exemple, certains «parlent beaucoup de nourriture, ont plein de livres de cuisine, font à manger pour les autres, vont vouloir combler les autres avec l'alimentation...» détaille Astrid Brunswick.

13. «C'est à cause de Barbie et des magazines féminins»

Eric / Via Flickr: shootthedoll

Certes, dit Astrid Brunswick, les magazines «font quand même partie des modèles sur lesquels les jeunes en construction s'appuient.»

Mais les troubles du comportement alimentaires ont aussi souvent des origines psychologiques plus profondes. «C'est lié à plusieurs facteurs, la vulnérabilité de la personne, son environnement familial... C'est une maladie qui apparaît au cours d'épisodes de changement de vie: la transition entre la maison des parents et son appart, une rupture amoureuse, un départ à l'étranger... C'est une perte de repères.» Ainsi, contrôler son corps à l’extrême ne traduit pas forcément une envie de ressembler aux mannequins des magazines, c'est aussi une façon de reprendre le contrôle sur sa vie en général.

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14. «Mange, fais un effort, ça me ferait plaisir»

Alexey Bannykh / Getty Images

En période de fêtes, lors des repas de familles, l'angoisse peut s'accentuer pour des personnes souffrant de troubles de l'alimentation. Astrid Brunswick rappelle qu'il est important de ne pas mettre la pression à un proche en ce qui concerne la nourriture, car cela peut-être contre-productif. «Culpabiliser la personne, en général ça ne marche pas. Ça va plutôt faire monter la pression, la personne va avoir envie de tout dévorer pour décompresser, plus le conflit va monter et plus ça va favoriser les symptômes.»

Ainsi, si un proche n'est pas en mesure de manger, «soit parce qu'il a peur de faire une crise boulimique, soit parce qu'il est angoissé par le type d'aliments présents sur la table, il faut le laisser.»

Que faire alors pendant les fêtes? «Ne pas parler de ça à table, répond Astrick Brunswick, en parler après coup, ou alors avant, mais pas au moment du repas», qui est déjà chargé d'angoisses. Et quoi qu'il en soit, «on ne peut pas gérer ça en famille, cela doit être pris en charge par quelqu'un qui n'a pas d'enjeux affectifs.» Le patient pourra ainsi discuter avec des professionnels de santé, pour parler de quoi manger et dans quelle quantité.

Mais alors, que peut-on dire à un-e proche qui souffre d'un trouble du comportement alimentaire?

Fox

On se sent souvent très impuissant face à un-e proche qui souffre d’un trouble de l’alimentation. «Les proches sont les premiers à se sentir concernés, à faire des tentatives pour que la situation se débloque, mais plus ils en font, moins ça marche, et plus ils sont inquiets.»

Selon Astrid Brunswick, la meilleure chose à faire est de simplement faire part de son inquiétude, sans jugement, pour verbaliser le problème. «Généralement, c'est plutôt quand la personne se rend compte que l'entourage ne peut pas l'aider qu'elle commence à chercher une aide professionnelle».

* Si vous ou l'un de vos proche souffre d'un trouble du comportement alimentaire, vous pouvez appeler le 0810 037 037 (numéro Azur «Anorexie Boulimie, Info Ecoute»).

* Pour trouver de l'aide près de chez vous, vous pouvez également consulter cette liste de ressources.

Consultez toujours un médecin en ce qui concerne votre santé et bien-être. Les articles de BuzzFeed ont uniquement un but informatif, et ne sont pas un substitut à un diagnostic ou un traitement médical ni à des conseils médicaux professionnels.

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