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Sur Facebook, la colère des habitants de Calais vire à la haine des migrants

Des Calaisiens qui se sentent abandonnés par l'État ont créé des pages Facebook pour protester.

Publié le

Ils se sont baptisés «Les Calaisiens en Colère». Ces habitants de Calais dénoncent sur Facebook «l'insécurité due aux migrants».

«Nous voulons montrer ce que les médias et politiques cachent ici à Calais et la détresse des habitants», explique un administrateur de la page, qui souhaite rester anonyme, à BuzzFeed France. «Nous faisons du tractage, du collage et des vidéos.»

Jeudi 13 août justement, les «Calaisiens en Colère» ont publié une vidéo YouTube. C'est le coup de gueule d'une femme, Sarah Guerlach, dont la mère habite Chemin des dunes, à côté de «new jungle», le campement de migrants qui s'est formé il y a six mois.

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Furieuse, cette Calaisienne relaie la détresse de sa mère, qui «ne sort plus» et dénonce les «forces de l'ordre qu'on ne voit plus beaucoup» et qui ne viendraient pas en aide aux citoyens.

Une version des faits contestée par la police. «Il y a des effectifs de police à tout moment sur place et on ne peut pas parler d'insécurité sur ce site-là», estime le commandant Aerts, officier coordinateur sur la problématique des migrants à Calais.

Des policiers devant une maison après une tentative de vol à Calais, à côté du camp de migrants.
Philippe Huguen / AFP / Getty Images

Des policiers devant une maison après une tentative de vol à Calais, à côté du camp de migrants.

Sarah Guerlach, elle, n'a plus confiance en les forces de l'ordre: «Je fais leur travail, j'interpelle les migrants, je leur dis que je vais sortir le fusil (...) et après j'ai un rappel à la loi», s'agace-t-elle.

«Je comprends tout à fait la colère de ces gens. Personne n'aimerait être à leur place», reconnaît le commandant Aerts. Mais il rappelle que les menaces de mort sont punies par la loi, et indique que la procédure n'ira pas plus loin.

Philippe Huguen / AFP / Getty Images

Les migrants, ils ont «soi-disant» vu «leur famille se faire assassiner sous leurs yeux» grince Sarah Guerlach. «Soi-disant, hein, parce que quand je les vois jouer au football, rire, chanter, je me dis que c'est la fête quand même, quoi.»

Comme elle, beaucoup d'internautes s'en prennent aux migrants dans les commentaires de la vidéo:

«Ces commentaires sont plus que minoritaires», relativise l'administrateur de la page «Calaisiens en Colère». Ce dernier dit que son mouvement est apolitique, même si beaucoup sur la page se réclament du Front national.

D'autres pages du même type affichent clairement leur préférence pour l'extrême-droite. Celle-ci, beaucoup plus confidentielle, affiche carrément une photo du Ku Klux Klan en couverture.

La page «Sauvons Calais» (16.000 abonnés), relaie quant à elle de nombreux messages racistes, dont cette chanson du groupe nationaliste Northmen Impakt: Foutons-les dehors (sic).

Facebook: page.sauvons.calais

Parfois, cette violence verbale se traduit dans les actes. En juin dernier, deux migrants ont été agressés à Calais. Un autre a également été agressé début août.

Des volontaires associatifs discutent avec des migrants au camp de Calais.
Philippe Huguen / AFP / Getty Images

Des volontaires associatifs discutent avec des migrants au camp de Calais.

Après plusieurs mois tendus, les violences liées à la présence des migrants ont diminué depuis juin, nous affirme-t-on au commissariat de Calais, sans donner de chiffres précis.

Contactés par BuzzFeed France, les administrateurs des pages «Sauvons Calais» et «Calais sous l'emprise des clandestins» n'ont pas donné suite à nos sollicitations.

Adrien Sénécat est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Adrien Sénécat at adrien.senecat@buzzfeed.com.

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