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«Affaire Aurier»: l'homophobie, grande absente de la polémique

Le joueur qualifie Laurent Blanc de «fiotte» dans une vidéo, mais le caractère homophobe de ses propos est presque absent de la polémique.

Publié le

Dans cette vidéo, tournée par un ami sur l'application Periscope, Serge Aurier répond aux questions des internautes. L'un d'eux lui pose notamment cette question, retranscrite par son acolyte:

«Laurent Blanc il fait souvent la folle ou pas?»

Et Serge Aurier répond:

«C'est une fiotte!»

Dans un autre extrait du même genre, on entend:

«Laurent Blanc il suce Zlatan ou pas?»

Réponse d'Aurier:

«Hé il lui prend les couilles mon frère. Il prend tout cousin.»

Serge Aurier s'est excusé dimanche soir, notamment dans un entretien à L'Équipe, où il dit: «Je m'excuse vraiment auprès du coach (...) Je ne suis pas fier de ce que j'ai fait.»

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Une ligne critiquée par Libération, qui parle de «malhonnêteté intellectuelle» car «c'est hélas parfois ainsi que les gens s'expriment».

«On peut déplorer le manque de délicatesse de l'expression d'Aurier: c'est cependant son langage à lui, l'accusation d'homophobie relevant par ailleurs de la malhonnêteté intellectuelle -c'est hélas parfois ainsi que les gens s'expriment.»

Je suis prêt à tout entendre sur #Aurier: la bêtise, l'entourage, l'amateurisme. Mais l'homophobie c'est non. Faut pas abuser.

Les anciens présidents de l'association Paris Foot Gay ont sévèrement critiqué cet article de Libération:

«Pour Libération, c’est "son langage à lui", à Serge Aurier. Comme Benzema qui nous explique que "tarlouze, c’est amical". Entraîneurs, joueurs, supporters, si "c’est votre langage", n’hésitez pas: tout le registre homophobe est à votre disposition. "Tu joues comme une tapette", "Valbuena c’est un pédé"…»

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«Il est évident que les propos de Serge Aurier ont une connotation homophobe et sexiste. On ne peut pas forcément dire qu'il est homophobe, mais les propos, si», dit à BuzzFeed Anthony Mette, psychologue du sport et auteur des Homos sortent du vestiaire.

Le psychologue s'étonne également de la réaction du PSG:

«Elle est surprenante car ils ont été professionnels récemment sur ces questions, grâce notamment à leur charte. Le club a pourtant réagi sur l'aspect sportif, mais pas sur l'aspect éducatif et le caractère des propos.»

C'est d'ailleurs bien l'aspect sportif qui fait les gros titres des médias ce lundi, comme en couverture de L'Équipe.

«LE #PSG EN ÉTAT DE CHOC» (L'Équipe du Jour)

«Il est important de nommer les choses. Or, les propos sexistes ou homophobes sont à chaque fois minorés», déplore Cécile Chartrain, présidente des Dégommeuses, une association qui lutte contre les discriminations dans le foot.

«La réaction du PSG était nécessaire mais le caractère homophobe des déclarations n'y apparaît pas.

Serge Aurier, lui, s'est excusé auprès du club et de ses partenaires, mais il n'a pas dit qu'il condamnait les propos sexistes et homophobes.»

Selon elle, «cela honorerait le PSG de s'en tirer par le haut. Nous proposons au club de déployer un drapeau ou une bannière arc-en-ciel contre l'homophobie pour le prochain match au Parc des Princes.»

Cécile Chartrain insiste également sur «le besoin d'aborder les choses en profondeur dans les centres de formation et auprès du grand public» et invite le PSG à travailler avec les associations qui s'impliquent sur ces sujets.

Autre argument, développé pour relativiser la gravité des propos de Serge Aurier: l'homophobie ne serait pas plus un problème dans le football que dans d'autres sports.

@mariekirschen @libe je crois que l'idée était de dire que le milieu du foot est pas "plus" homophobe que d'autres.

Et pourtant, «c'est difficile de parler d'homophobie dans le football», témoigne Alexandre Adet, président du Panamboyz United, un club de football parisien qui lutte contre l'homophobie et toutes les discriminations.

«On ne peut pas accuser Serge Aurier d'homophobie, mais ses propos sont homophobes et détruisent le travail qu'on fait sur le terrain. Ça banalise un discours discriminant.

Aujourd'hui, on voit que le sportif prend le pas sur le volet social et son rôle d'éducation. À l'approche du match contre Chelsea, on parle des conséquences que cela va avoir pour le PSG et ça absorbe tout le reste. C'est embêtant.»

À noter que les cas de footballeurs pro qui ont parlé publiquement de leur homosexualité se comptent sur les doigts d'une main.

«Les journalistes sont aussi responsables car ils sont là pour qualifier le réel, pas le nier», ajoute Alice Coffin, co-présidente de l'Association des journalistes LGBT (AJL).

«Serge Aurier participe à un discours général dans le foot, qui est celui de la fédération, des dirigeants de club et des journalistes sportifs. Littéralement, cela montre que selon eux, l'homophobie n'existe pas et qu'il s'agit d'un banal conflit professionnel.

D'ailleurs, même les politiques qui ont été amenés à réagir n'ont pas soulevé cette question sur le caractère des propos.»

Les propos homophobes sont punis par la loi. La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse condamne «l'injure (...) envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap».

La peine maximale encourue pour des injures de ce type est de six mois d'emprisonnement ainsi que de 22.500 euros d'amende.

Adrien Sénécat est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Adrien Sénécat at adrien.senecat@buzzfeed.com.

David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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