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Ces détenus qui racontent la vie en prison sur les réseaux sociaux

La vie en prison n'a jamais été autant étalée en public qu'avec Facebook, Snapchat et surtout Periscope.

Publié le

«La prison, c'est un petit Club Med», dit notamment le détenu, qui purgeait une peine de quatre ans de prison. En arrière-plan, on voyait notamment de l'alcool, une chaîne hi-fi et une console de jeu. La vidéo a été retirée depuis.

EN DIRECT sur #Periscope : En direct centre pénitentiaire Béziers on est laaaaaa😅 https://t.co/wq2nk0wTF2

Rappelons que les téléphones portables sont interdits en prison.

Le prisonnier a été condamné ce mercredi 24 février à 6 mois de prison supplémentaires.

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Tout le monde a l'air surpris, mais ce n'est pas rare, dit Fabrice Caujolle, surveillant de prison détaché à l'UFAP, le syndicat majoritaire chez le personnel pénitentiaire.

«Quand un détenu ose dire que c'est le Club Med, c'est que la prison ne fait plus peur... Honnêtement, ils ne se cachent même plus pour téléphoner. Il y a un sentiment d'impunité.

Au moins, là, l'administration réagit parce qu'elle a été ridiculisée.»

Pas plus tard que mardi soir, un autre détenu s'est illustré, toujours sur Periscope. Et on retrouve la trace de nombreux autres sur Twitter.

LIVE on #Periscope: En cellule oh KLM 👌👌😂😂 https://t.co/FYHPpW0qAV

Il n'est pas rare non plus de tomber sur des vidéos de ce genre sur Snapchat ou Facebook.

Contacté par BuzzFeed en novembre dernier, le «Polak», qui publiait des vidéos de défis en détention sur Facebook sous le hashtag #TeamPrison, expliquait avoir préférer «tourner les vidéos en prison et les publier une fois libéré», pour s'éviter des problèmes. Ses vidéos ne sont plus accessibles aujourd'hui.

Marc, qui purge actuellement sa troisième peine de prison, explique à Vice qu'il partage des vidéos sur Snapchat pour «faire découvrir» sa vie quotidienne aux gens «qui se font du souci (...). Je veux aussi prouver que j'existe toujours.»

Mais plus que Facebook et Snapchat, Periscope amène un aspect «en direct» encore plus spontané. «C'est plus prenant, c'est sûr», dit Fabrice Caujolle de l'UFAP.

Selon lui, l'équipement en portables chez les détenus a explosé après 2009, avec l'arrêt des fouilles systématiques après les parloirs. Il explique que les détenus pris avec un portable risquent simplement des jours de placement en quartier disciplinaire avec sursis, ce qui n'est pour lui pas suffisamment dissuasif.

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Comment les détenus se procurent-ils des téléphones? Fabrice Caujolle confirme la version développée par «Luciano» sur Periscope:

«Il y a quelques téléphones qui passent au parloir, mais il y a surtout des projections. C'est-à-dire que des portables sont lancés dans l'enceinte depuis l'extérieur, des détenus en promenade les récupèrent, les lancent sous les fenêtres des cellules, et là, d'autres prisonniers qui ne sont pas sortis s'en emparent avec des sortes de grappins.

Ce n'est pas compliqué. En fait, aux dires des détenus, il est même plus facile de se procurer de la drogue en prison qu'à l'extérieur.»

Contacté par BuzzFeed, le ministère de la Justice n'a pas donné suite à nos sollicitations pour l'heure.

Les téléphones en prison, «il faut les brouiller», a dit le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas mardi 23 février sur Europe 1.

Une idée pas si facile à appliquer, comme l'expliquait Rue89 en 2015:

«Le problème, [dit] Christiane Taubira, c'est que "quand on brouille, on brouille tout", y compris les téléphones et ordinateurs du personnel pénitentiaire, "la vidéosurveillance", tout ce qui "permet à l'administration de faire son travail".»

Mise à jour:

Ajout de la nouvelle condamnation du détenu de Béziers.

Adrien Sénécat est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Adrien Sénécat at adrien.senecat@buzzfeed.com.

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