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L'extrême droite s'en prend à une exposition qu'elle juge «pédopornographique»

La polémique a démarré au dernier jour de l'exposition, qui n'avait pas fait de bruit pendant deux mois.

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Des internautes se sont insurgés ces derniers jours au sujet d'une exposition organisée à La Friche la Belle de Mai à Marseille, parce qu'elle comporte selon eux des «œuvres pédophiles».

SCANDALE exposition pédophile et zoophile sous couvert d’art contemporain à Marseille ! http://t.co/93IlkWfYLH

À l'origine de cette vague de protestations, on trouve Wanted Pedo, un «mouvement de lutte contre la pédocriminalité», qui a dénoncé l'exposition sur son site le 27 août dernier:

Plusieurs sites d'extrême droite ont fait écho à ces accusations depuis: Fdesouche, Médias-Presse-Info, ou encore Boulevard Voltaire. Tous dénoncent le soutien financier des collectivités locales cette exposition.

Boulevard Voltaire

La ministre de la Culture Fleur Pellerin est également dans le viseur de l'extrême droite car elle a visité La Friche Belle de Mai en juillet dernier, pendant la période de l'exposition.

On ne sait pas si elle a vu ces œuvres. Contacté par BuzzFeed France, le ministère de la Culture n'a pas donné suite à nos sollicitations.

Marion Maréchal-Le Pen y a fait allusion dans un entretien à Nice Matin ce mardi.

La candidate du FN aux régionales en PACA déclare:

«Il ne sera plus question d'aider des associations communautaristes ou de subventionner des expos pédo-pornographiques.»

L'exposition, intitulée «Berlinhard», s'est ouverte le 13 juin dernier à la galerie du Dernier Cri à La Friche la Belle de Mai, avec les œuvres de deux artistes allemands: Reinhard Scheibner et Stu Mead.

La polémique, elle, n'a vraiment démarré que le 27 août dernier avec le post de Wanted Pedo.

C'est également le 27 août que l'exposition s'est terminée, alors qu'elle devait initialement durer jusqu'au 13 septembre. Contactée par BuzzFeed France, la direction de La Friche la Belle de Mai a expliqué que cette décision a été prise «mi-août», avant que l'exposition ne soit sous le feu des critiques.

La Friche la Belle de Mai a rappelé que l'accès à l'exposition était interdit aux mineurs non-accompagnés, et dit préférer ne pas répondre à nos questions, «dans un souci d'apaisement».

Selon le site local La Marseillaise, les œuvres présentées à «Berlinhard» plongent «dans un univers sans tabou et limite» qui peut choquer.

Des internautes, sans lien avec l'extrême droite, qui ont vu des images de certaines œuvres circuler sur les réseaux sociaux, désapprouvent la démarche des artistes sur les réseaux sociaux.

D'autres défendent la liberté artistique et estiment que ces œuvres n'ont rien de «pédopornographique».

L'orchestration de la polémique, en revanche, est bien le fait de l'extrême droite. C'est elle qui l'a relayée, via sa blogosphère et ses représentants, mais également elle qui l'a initiée.

Le site Wanted Pedo n'est en effet pas un simple site de «lutte contre la pédophilie». Sous cette étiquette, l'association fait par exemple partie des «révisionnistes» d'Outreau, qui dénoncent un «complot pédophile».

L'association a également été pointée du doigt par le site Debunkers de Hoax pour avoir diffusé de fausses informations.

Max, le porte-parole de l'association, est également proche de la mouvance Alain Soral - Dieudonné. Il a signé un communiqué publié sur le site du premier, Égalité et Réconciliation, en juin 2014, où on le voit exécuter le «au-dessus c'est l'soleil», un signe inventé par le second.

Égalité et Réconciliation a aussi repris ses accusations de pédophilie contre l'exposition «Berlinhard».

Avant cela, l'exposition et ses deux auteurs ont très peu fait parler en France. Seul un blogueur Shige, parlait en mars dernier le travail de Stu Mead, en le saluant:

«On me dit que les images de Stu Mead évoquent la pédophilie, l'inceste et de nombreuses déviances. Je ne vois rien de choquant dans son art, et j'ai même la conviction qu'il est innocent des reproches les plus sordides que l'on peut formuler à son encontre.»

Adrien Sénécat est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Adrien Sénécat at adrien.senecat@buzzfeed.com.

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