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Le retour du «complot pédophile» au nouveau procès Outreau

Alors qu'un nouveau procès Outreau s'est ouvert lundi, des voix continuent de s'élever pour clamer que les acquittés de 2005 n'étaient pas innocents.

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La boîte de Pandore a été réouverte. Un troisième procès Outreau a débuté lundi. Celui de Daniel Legrand fils, pourtant acquitté en 2005.

Il s'agit en fait d'un «reliquat» de l'affaire dû à des circonstances particulières. Les faits dont Danny Legrand était accusé ont eu lieu entre 1997 et 2000. Or, il n'est majeur que depuis 1999. Seul des 13 acquittés d'Outreau dans ce cas, il est donc rejugé aujourd'hui pour la période 1997-1999, quand il était mineur, sans que de nouveaux faits ne soient venus changer la donne, explique Le Parisien.

17 personnes avaient été accusées dans cette affaire pénale d'abus sexuels sur mineurs. Quatre sur 13 ont été acquittées par la suite par la justice, au terme d'un premier procès à Saint-Omer en 2004 puis d'un deuxième en appel à Paris en 2005, dans ce qui reste considéré comme un énorme fiasco judiciaire. Plusieurs acquittés sont en effet restés entre temps un, voire trois ans en prison. L'un d'entre eux, François Mourmand, est même mort en détention.

Pour certains, ce troisième procès est l'occasion rêvée de faire enfin entendre leur «vérité». Ils martèlent que les acquittés d'hier étaient bien coupables. Ce nouveau procès leur offre enfin la tribune tant attendue.

Voici comment Le Monde décrit cette mouvance: «Un courant s'est peu à peu dessiné, à travers un documentaire –Outreau, l'autre vérité, de Serge Garde, financé à 70 % par Innocence en danger, une association de protection de l'enfance–, divers livres, quelques blogs confidentiels, plus hétéroclites que nombreux. S'y retrouvent, pêle-mêle, des conspirationnistes d'extrême droite, des associations pour enfants, des allumés du missel, des journalistes, des déçus de la justice qui rêvent de revanche. L'inventaire ne doit pas s'arrêter là, mais les discours se ressemblent.»

Comme le leader d'extrême droite Alain Soral, ces conspirationnistes fustigent «la puissance médiatico-politique» qui, à Outreau, a selon eux «sauvé des pédocriminels, qui ont violé et tué des enfants».

Capture d'écran d'un montage complotiste sur l'affaire Outreau.

«La propagande de certains avocats, journalistes et politiques est assourdissante», fustige un blog de cette mouvance.

Et de nombreux messages de ce type fleurissent sur les réseaux sociaux ces derniers jours.

#outreau : pour ne pas se faire balader par la defense et les medias regardez outreau l'autre vérité sur Youtube

Je rêve, les acquittés sont plus considérés comme des victimes que les VRAIES victimes #Outreau

Le Figaro a publié mardi un article qui déconstruit plusieurs piliers de cette réthorique. Au premier rang desquels on trouve l'accusation de ne jamais parler des douze enfants reconnus comme victimes.

Voici ce qu'explique le quotidien: «C'est faux, puisque le simple fait que quatre personnes aient été définitivement condamnées implique que des enfants ont été victimes.»

«Ce qui est exact, et qu'on peut regretter, c'est que le séisme provoqué par le naufrage de la procédure a conduit la presse à davantage évoquer le sort des treize individus accusés et (pour douze d'entre eux) accusés à tort, pendant parfois plus de trois années. A Saint-Omer, 17 enfants se présentaient comme victimes, 16 ont été reconnus comme telles (un seul étant considéré comme victime de son seul père, qui sera acquitté en appel). Après les six acquittements de Paris, ce nombre est tombé à douze. Personne n'a jamais cherché à dénier à ces gamins leurs triste qualité de victime.»

Ce climat a pesé dès les premiers jours du procès, raconte La Voix du Nord.

Eric Dupont-Moretti, l'avocat de Daniel Legrand, a dénoncé «une dizaine de personnes qui écrivent souvent sous couvert d'anonymat, qui sont injurieuses ou extrémistes. On en parlera dans ce procès».

«Dans le couloir du palais, à la suspension de onze heures, deux personnes lui crient dessus, le traitent de menteur», rapporte le quotidien. Signe parmi d'autres de la tension qui accompagne le procès.

Adrien Sénécat est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Adrien Sénécat at adrien.senecat@buzzfeed.com.

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