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Attentat en Côte d'Ivoire: la distinction entre victimes «blanches» et «noires» choque

Des internautes s'agacent de voir la presse classer les victimes par nationalité voire couleur de peau au lendemain de l'attaque qui a fait 16 morts.

Publié le

Une attaque terroriste a fait au moins 16 morts dans la station balnéaire de Grand-Bassam en Côte d'Ivoire dimanche. Un attentat revendiqué dans la journée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Des internautes ont rapidement relevé certaines présentations faites de l'événement. Notamment, la précision, largement relayée, selon laquelle les lieux étaient «fréquentés par les occidentaux».

[Msg de service] cc @BFMTV @itele: Merci d'arrêter le "fréquenté par les occidentaux". Il y a des victimes "noires", de #civ #AttaqueBassam

Parce qu'ils y voient une manière de distinguer les victimes entre elles, sous-entendant que certaines vies auraient plus de valeurs que d'autres, selon eux.

Je viens de voir le délire "Fréquentée par des occidentaux" NAN MAIS SVP C'EST N'IMPORTE QUOI ÇA. On s'en fout de la précision !

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Un choix rapidement critiqué, notamment sur Twitter.

Bon lundi et bonne semaine à tous (surtout aux Blancs)

Attention hein ... Comptez bien les morts black et les blancs en Côte-d'Ivoire. Apparemment la ségrégation sévit jusque dans la tombe.

Du coup, certains ironisent et en viennent à proposer une solution... radicale.

Bonjour @20Minutes, serait-il possible de classer les victimes en Côte d'Ivoire par couleur, nationalité, religion, puis compte en banque ?

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20 Minutes a ensuite changé le titre de son article, pour évoquer la mort d'un Français dans l'attaque plutôt que celle de «quatre blancs».

Un choix similaire à celui de beaucoup de médias français, mais qui a quand même alimenté le débat, entre ceux qui y voient une précision logique pour un média français et ceux qui estiment que cette information ne devrait pas être donnée dès le titre.

Le ministre ivoirien de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, a lui-même fait cette distinction entre «noirs» et «blancs» dans l'une de ses déclarations à la télévision, reprise par l'AFP, où il annonçait la mort de «14 civils dont quatre de race blanche».

C'est fou les medias quand ils parlent des attentats en cote d'ivoire ils be s'interessent qu'au occidentaux blancs

«Même au XXIe siècle, les vies africaines ont un moindre intérêt médiatique. Elles sont, par conséquent, moins valorisées que celles d’occidentaux», déplorait Simon Allison dans le Daily Maverick en 2015.

Il écrivait ceci peu de temps après l'attentat contre Charlie Hebdo à Paris en France et celui de Boko Haram à Baga au Nigeria. Slate.fr avait à l'époque également publié un article qui s'interrogeait sur les raisons pour lesquelles les médias s'intéressent relativement peu aux terroristes de Boko Haram.

Le décalage s'explique en partie par le principe du «mort kilométrique», fréquemment évoqué dans le milieu journalistique, comme l'explique Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI:

«Le décès d'une seule personne, dans la maison où l'on habite, vous touche forcément davantage que 1000 morts dans une ville, à l'autre bout du monde. Vos auditeurs ou vos lecteurs attendent donc de vous que vous donniez, à dix décès par intoxication dans la ville où ils vivent, plus d'importance que 500 morts dans une ville plus lointaine, sur un autre continent.

Plus l'on s'éloigne, plus la mort laisse indifférent.»

UPDATE

Ajout de la déclaration d'Hamed Bakayoko.

Adrien Sénécat est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Adrien Sénécat at adrien.senecat@buzzfeed.com.

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