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Lorsque les supporters de Trump se ré-approprient un terme nazi pour attaquer les médias

Le terme «lügenpresse» était un pilier de la propagande d'Hitler pour discréditer la presse. Les partisans de Trump se le ré-approprient pour créer une «liste» des journalistes considérés comme néfastes.

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C'est monnaie courante d'entendre Donald Trump remettre en cause la légitimité de la presse et la véracité de leurs informations. C'est pour le candidat, son staff de campagne et de manière générale le mouvement de la droite populiste et anti-système —communément appelée «alt-right»— une habitude d'accuser la presse d'être partisane et de défendre Hillary Clinton. Une manière bien pratique de balayer toute critique ou remise en question et d'expliquer facilement la baisse de Trump dans les sondages.

Un terme utilisé par les nazis, repris par Pegida

Dans les meetings pro-Trump, les journalistes présents dans le pôle presse sont régulièrement hués et interpellés par les partisans du candidat conservateur, à coups de «CNN, c'est de la merde!» et de «Dites la vérité!».

Samedi 22 octobre 2016, un nouveau cri a fait son apparition lors d'un congrès à Cleveland dans l'Ohio: «Lügenpresse!». Un article publié par BuzzFeed News aux États-Unis explique que le terme, qui signifie «la presse ment» en allemand, était utilisé par le parti nazi pour discréditer la presse. Ces dernières années, il a également été repris par des groupes allemands d'extrême-droite et anti-immigration comme par exemple Pegida.

Rosie Gray, journaliste politique chez BuzzFeed News, couvrait ce meeting de Trump, lorsque deux hommes se sont approchés de la partie réservée aux journalistes. Après avoir lancé des insultes aux journalistes, vous pouvez voir les deux militants dans la vidéo ci-dessous criant «lügenpresse!» l'un après l'autre.

Friendly interaction outside the press pen. "Lugenpresse!"

Richard Spencer, l'un des leaders de la droite populiste américaine et défenseur du suprémacisme blanc, a confirmé par email à BuzzFeed News qu'il retrouvait le terme «partout» dans les milieux de l'Alt-Right et ce depuis au moins un an.

«C'est typique de l'Alt-Right: sérieux... ironique... et avec une référence sournoise en prime.»

En Allemagne, le mot est devenu tabou après que des linguistes allemands l'ont qualifié de «pire mot de 2014». Dans les meetings de Pegida, les attaques contre les journalistes, d'abord verbales, sont ensuite devenues physiques.

C'est une expression régulièrement utilisée par Occidental Dissent, un site pilier de cette mouvance politique. Sur Twitter, le hashtag #lugenpresse est régulièrement utilisé par des comptes qui défendent cette idéologie:

I look forward to the harsh crackdown on @CNN and other #LyingPress #Lugenpresse organizations when DJT takes office.

It funny how stupid the MSM is. Time after time they attack Trump, only to later find out that it made him stronger… https://t.co/ICI9SkQJeH

Les journalistes «désinformateurs» listés sur Twitter

Parallèlement, le hashtag #TheList (la liste) a aussi gagné en popularité sur Twitter. Il est utilisé par les supporters de Trump pour tweeter des photos de journalistes dont le visage est barré d'une croix rouge.

These shills have been conspiring to disinformation the American people. All added to #TheList

Les tweets en question accusent ces journalistes de «comploter pour désinformer le peuple américain» et d'«empêcher la démocratie américaine et la liberté».

Cette liste inclut principalement des journalistes, mais aussi des politicien-ne-s, des militant-e-s, des figures médiatiques comme Oprah Winfrey, et même une directrice d'école primaire.

@andersoncooper For your part in misleading the American public by spreading lies and false information you have be… https://t.co/wPispbNu5G

@RadinaCNN For your part in misleading the American public by spreading lies and false information you have been ad… https://t.co/iU1R3vYQ75

«Parce que vous propagez des mensonges et de la fausse information et que vous contribuez à tromper le peuple américain, vous avez été ajouté-e à #TheList», annoncent ces deux tweets.

L'un des comptes liés à ce hashtag a depuis été suspendu, mais Twitter a dit à BuzzFeed News ne pas «émettre de commentaires sur les comptes individuels, pour des questions de respect de la vie privée et de sécurité».

La campagne de Donald Trump n'a pas répondu à la demande d'interview de BuzzFeed à ce sujet.

Par le passé, plusieurs autres journalistes avaient reçu des menaces de la part de supporters de Donald Trump, en particulier Hadas Gold de Politico, qui avait reçu des menaces de mort et de messages antisémites.

Cet article a été traduit et adapté en français à partir des articles suivants: «The Alt-Right Has Adopted an Old Nazi Term for Reporters» et «Trump Supporters Are Harassing Journalists By Tweeting These Photos».

Adélie Pojzman-Pontay est éditrice des traductions et adaptations chez BuzzFeed France et travaille depuis Paris.

Contact Adélie Pojzman-Pontay at adelie.pojzman-pontay@buzzfeed.com.

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